Philippe Loizelet, président de l’ANCDGP, ne mâche pas ses mots. Son syndicat de CGP diplômés a choisi une voie radicale : refuser tout agrément, tout sponsoring, toute compromission. Une indépendance chèrement acquise, défendue jusqu’au Conseil constitutionnel. Aujourd’hui, un nouveau combat s’ouvre, sur les cryptoactifs. Questions, réponses, face à Guy Marty.
Guy Marty — Il existe de nombreuses associations de CGP. Quelle est l’originalité de l’ANCDGP ?
Philippe Loizelet — L’ANCDGP (l’Association Nationale des Conseils Diplômés en Gestion de Patrimoine) a été créée pour défendre les CGP qui souhaitaient exercer dans le domaine juridique. Nous étions systématiquement attaqués par les barreaux. Il a fallu nous battre pour obtenir le droit d’exercer le conseil juridique. Le Conseil National du Barreau nous a attaqués. Et nous avons gagné devant le Conseil d’État la reconnaissance de notre capacité à délivrer ce type de conseil.
Une victoire contre les barreaux
Guy Marty — Vous avez donc gagné contre les avocats, si je comprends bien ?
Philippe Loizelet — Oui, nous avons gagné. Un combat épique. Mais aujourd’hui, nous entretenons de bonnes relations avec eux. Ils ont réalisé que nous sommes davantage des apporteurs d’affaires que des concurrents. Nous leur adressons régulièrement des dossiers qualifiés. Nous n’hésitons pas à orienter nos clients vers des spécialistes lorsque la situation l’exige.
Guy Marty — Vous envoyez donc vos clients chez les avocats ?
Philippe Loizelet — Le métier évolue. Aujourd’hui, nous pilotons l’ensemble du dossier. Nous faisons appel aux spécialistes selon les besoins, mais nous restons le point de contact central.
Guy Marty — C’est donc vous qui supportez le coût ?
Philippe Loizelet — Dans mon cabinet, oui. Nous facturons l’intégralité de la prestation au client, puis nous rétrocédons la part correspondante au cabinet d’avocats sollicité. C’est un modèle intégré.
Un syndicat indépendant, sans agrément ni sponsoring
Guy Marty — Combien de membres compte l’association ?
Philippe Loizelet — L’ANCDGP compte 120 membres. Un homme, une voix. C’est une structure modeste en nombre. Mais nous avons un poids réel, car nous ne représentons que des diplômés. Notre population est homogène. Nos membres sont présents dans les différents syndicats et siègent dans plusieurs conseils d’administration.
Guy Marty — Mais alors, à quoi servez-vous concrètement ?
Philippe Loizelet — Nous sommes un vrai syndicat. Nous avons refusé les agréments des tutelles — ACPR, AMF. Dès lors qu’on accepte un agrément, on se soumet à l’autorité qui peut vous l’accorder ou vous le retirer. En tant que syndicat, nous devons préserver notre liberté de parole. Même logique vis-à-vis des fournisseurs : nous refusons tout sponsoring. Notre indépendance n’est pas négociable.
Une bataille jusqu’au Conseil constitutionnel
Guy Marty — Pouvez-vous citer des dossiers concrets défendus pour les CGP ?
Philippe Loizelet — Lorsque la réforme de la loi sur le courtage nous a contraints à rejoindre des associations agréées, nous avons contesté. Nous estimions que cela portait atteinte à des principes constitutionnels. Nous avons attaqué la direction générale du Trésor devant le Conseil d’État. Le dossier est remonté jusqu’au Conseil constitutionnel — une première pour moi. Nous avons conclu un accord avec l’administration pour limiter les pouvoirs de contrôle et de coercition qu’elle entendait mettre en place.
Guy Marty — C’est pourtant toujours le Trésor qui gagne, non ?
Philippe Loizelet — Pas nécessairement. Lorsque le Conseil d’État reconnaît une atteinte aux principes constitutionnels, le combat se déplace. On se retrouve alors face au secrétariat général du gouvernement, au niveau du Premier ministre. C’est quasiment un recours hiérarchique. Et là, la négociation devient possible.
Les cryptoactifs, nouveau défi réglementaire
Guy Marty — Et vous avez obtenu gain de cause ?
Philippe Loizelet — La décision est nuancée, mais nous avons obtenu des concessions significatives.
Guy Marty — Sur quoi travaillez-vous aujourd’hui ?
Philippe Loizelet — Le grand sujet, ce sont les cryptoactifs. La difficulté principale pour les CGP, c’est que leurs clients en détiennent. Cela soulève des questions juridiques, patrimoniales et fiscales complexes. Or, la réglementation actuelle interdit même aux CIF de conseiller sur les cryptoactifs. C’est une impasse. Les clients en ont, ils posent des questions, et nous devons pouvoir y répondre. Car, en tant que CGP, notre approche se veut universelle. Nous devons couvrir l’ensemble du patrimoine du client, y compris numérique. Nous travaillons avec l’ADAN[1] et d’autres associations pour obtenir un cadre réglementaire adapté. Un premier courrier a déjà été adressé à l’ESMA pour demander une clarification du texte.
L’indépendance comme force
Guy Marty — Vous espérez également gagner sur ce dossier ?
Philippe Loizelet — C’est l’un de nos chantiers majeurs. Nous y travaillons activement.
Guy Marty — Un syndicat pur, qui n’hésite pas à retrousser les manches. Un mot de la fin ?
Philippe Loizelet — Je crois profondément à l’utilité de notre démarche. Elle nous permet de porter des combats très ciblés, sans aucune influence extérieure. C’est ce qui fait notre force.
Guy Marty — Je vous souhaite bonne continuation et longue vie à ce syndicat.
Propos recueillis le 8 avril 2026
L’essentiel, en 3 points
| ① Indépendance revendiquée. L’ANCDGP, syndicat de 120 CGP diplômés, a refusé tout agrément des tutelles (ACPR, AMF) et tout sponsoring, afin de conserver une totale liberté de parole et d’action.
② Combats juridiques victorieux. L’association a remporté plusieurs batailles réglementaires majeures : reconnaissance du conseil juridique des CGP contre le Conseil National du Barreau, puis concessions obtenues face à la direction générale du Trésor sur la loi courtage, jusqu’au niveau du Conseil constitutionnel. ③ Cryptoactifs : le prochain front. Face à l’interdiction faite aux CIF de conseiller sur les cryptoactifs, l’ANCDGP milite pour un cadre réglementaire adapté, en lien avec l’ADAN, et a saisi l’ESMA pour obtenir une clarification des textes. |
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A propos de l’ANCDGP(i)
L’ANCDGP (Association Nationale des Conseils en Gestion de Patrimoine) a été créée sur l’initiative de diplômés en Gestion du Patrimoine pour obtenir l’exercice du droit à titre accessoire (conseil et rédaction acte). Elle est ouverte à tous les diplômés des Universités et Ecoles Supérieures de Commerce délivrant un diplôme de 3ème cycle ou un mastère en gestion de patrimoine, donc doté de la compétence juridique appropriée (CJA).
(i ) Information extraite d’un document officiel de la société.
[1] L’Association Nationale des Acteurs en Numérique.


