David Guyot, président et co-fondateur de Pandat Finance, livre sa lecture du marché des SCPI. Approche opportuniste, sélection rigoureuse et discipline de liquidité structurent son conseil auprès d’une clientèle institutionnelle. Interview
Alexandra Giacalone – David, pouvez-vous nous présenter Pandat Finance et votre positionnement ?
Une approche de la trésorerie avant une approche patrimoniale
David Guyot – Pandat Finance a été fondée en 2009 avec une spécialisation initiale sur les produits à terme. Progressivement, nous avons élargi notre champ d’intervention à l’ensemble des problématiques liées à la trésorerie d’entreprise. Notre clientèle est exclusivement composée de personnes morales et d’institutionnels. Nous ne sommes pas dans une logique d’allocation patrimoniale classique, mais dans une approche de stock-picking, avec des solutions d’investissement ciblées, souvent pour des montants significatifs.
Alexandra Giacalone – Quelle place occupent aujourd’hui les SCPI dans vos recommandations ?
Les SCPI : une poche marginale dans un univers dominé par les taux
David Guyot – Elles restent marginales dans notre activité. Nous traitons quelques millions d’euros par an en SCPI, alors que nos volumes globaux se comptent en milliards. Aujourd’hui, les flux se dirigent majoritairement vers des produits obligataires, monétaires ou structurés. Pour les petites holdings patrimoniales notamment, la tendance est clairement orientée vers ces solutions. L’immobilier de bureau, en particulier, suscite peu d’intérêt dans le contexte actuel, compte tenu des incertitudes sur son redémarrage.
Alexandra Giacalone – Quels sont vos critères de sélection des SCPI ?
Une sélection rigoureuse, fondée sur la compréhension des actifs
David Guyot – Nous avons un comité interne qui applique des critères stricts. Le premier point, c’est la solidité de la société de gestion et son historique. Ensuite, nous analysons la qualité des actifs sous-jacents et la lisibilité de la stratégie. Nous privilégions des thématiques claires – logistique, data centers – plutôt que des SCPI dites « diversifiées », qui relèvent parfois davantage d’un argument marketing.
Alexandra Giacalone – Quelle est votre position sur les SCPI sans frais de souscription ?
SCPI sans frais d’entrée : une fausse promesse de liquidité
David Guyot – Nous ne les recommandons pas. Elles peuvent donner une illusion de liquidité sur un produit qui, par nature, ne l’est pas. La SCPI est un investissement de long terme, avec un horizon d’environ dix ans. Présenter ce type de véhicule comme flexible est, selon nous, une erreur de positionnement qui peut générer des incompréhensions, voire des tensions en cas de retraits massifs.
Alexandra Giacalone – Selon vous, quelles ont été les principales erreurs du marché ces dernières années ?
Maîtriser la collecte : l’enjeu des sociétés de gestion
David Guyot – La principale erreur a été une collecte insuffisamment maîtrisée. Certaines sociétés de gestion ont collecté sans contrainte, sans toujours disposer d’opportunités d’investissement à la hauteur. Il est essentiel de piloter la collecte pour préserver la qualité des actifs et, in fine, la liquidité. Un autre point fondamental concerne l’investissement à l’international. Deux approches coexistent actuellement :
- s’implanter localement avec des équipes dédiées
- ou déléguer à des brokers internationaux
La première est plus coûteuse mais plus sécurisante. La seconde peut générer des conflits d’intérêts. Notre position est simple : il faut investir uniquement dans des marchés que l’on comprend réellement.
Alexandra Giacalone – Comment intégrez-vous les SCPI dans la gestion du risque client ?
Liquidité : une contrainte structurante pour les clients institutionnels
David Guyot – Notre principale vigilance concerne la part d’actifs peu liquides dans la trésorerie de nos clients. Les SCPI doivent rester une poche maîtrisée, donc il est impératif de ne pas compromettre les besoins futurs en liquidité. C’est un point fondamental dans notre approche.
Alexandra Giacalone – Quelle est la part de SCPI dans vos allocations ?
Une approche opportuniste plutôt qu’une allocation systématique
David Guyot – Nous ne raisonnons pas en allocation automatique vers les SCPI. Nous les utilisons de manière opportuniste, lorsque les conditions de marché et les véhicules disponibles le justifient. C’est une logique de sélection, pas de distribution systématique.
Alexandra Giacalone – Quel message transmettez-vous à vos clients sur ce type d’investissement ?
Un rappel constant : la SCPI est un produit de long terme
David Guyot – Le message est simple. La SCPI est un produit illiquide, conçu pour le long terme. Il est essentiel que cela soit compris dès le départ. C’est une condition nécessaire pour éviter les déceptions et maintenir une relation de confiance.
Alexandra Giacalone – Si vous deviez résumer votre philosophie ?
« Acheter ce que l’on comprend, et savoir limiter »
David Guyot – Il faut savoir limiter la part d’actifs illiquides et rester discipliné. Investir uniquement dans des actifs que l’on comprend, avec une stratégie claire, est essentiel. La qualité de la sélection prime toujours sur le volume investi.
A retenir
- Les SCPI représentent une part marginale dans les allocations institutionnelles
- La sélection repose sur la qualité des actifs et la lisibilité stratégique
- Les SCPI sans frais d’entrée sont écartées pour leur ambiguïté sur la liquidité
- La maîtrise de la collecte est un enjeu clé pour les sociétés de gestion
- L’investissement en SCPI doit être pensé sur un horizon long terme avec une poche illiquide maîtrisée
A propos de Pandat Finance
Pandat Finance est une société spécialisée dans la gestion de trésorerie pour personnes morales et investisseurs institutionnels. Elle développe une approche de sélection opportuniste (stock-picking) sur différentes classes d’actifs, incluant les SCPI de manière ciblée. Son positionnement repose sur une forte exigence en matière de gestion du risque et de liquidité.



