Une crise des subprime bien de chez nous !

La France ne pouvait pas être en reste face à sa grande rivale américaine. Il lui fallait, à elle aussi, sa crise des subprime. Elle l’a trouvée. Dans les blogs, les forums et les conversations en ville du Landernau de l’épargne populaire, on ne parle que d’elle : la crise des subprime à la française. C’est, en effet, le nom donné aux conséquences désastreuses, pour certains épargnants, des dérives commises à l’occasion du dispositif Robien. En proportion, la comparaison entre la crise financière planétaire et notre incitation fiscale à l’investissement locatif ne tient pas. Mais les événements ne sont pas sans similitudes comportementales. Outre Atlantique, des banques commerciales ont poussé des ménages modestes à s’endetter au-delà de leurs capacités pour devenir propriétaires de leur logement. Ici, des réseaux commerciaux ont incités des petits contribuables à s’endetter au-delà du raisonnable pour devenir propriétaires bailleurs. Là-bas, on a laissé croire que le prêt se rembourserait avec la plus-value immobilière. Ici, on a raconté que l’opération se paierait largement toute seule avec les économies d’impôt et les loyers du locataire. Là-bas, dans l’impitoyable Far West, des gens se sont retrouvés à la rue. Ici, au Pays des Lumières, des gens se retrouvent avec des logements sans locataires, des loyers qui ne rentrent pas, des échéances de crédit qui tombent tous les mois, des économies d’impôt envolées et des biens en moins-value de 20 à 30 %. Dans les deux cas, un même constat doit être dressé : l’immobilier n’est pas la cause du sinistre, il a seulement servi de support. Et une même conclusion s’impose : plus jamais ça ! La finance internationale cherche des coupables et prépare des remèdes contre les excès de la titrisation. Dans l’hexagone, que fera-t-on pour réagir aux abus de la défiscalisation ? Combien de temps faudra-t-il attendre pour que l’investissement en immobilier physique soit soumis aux mêmes obligations d’information, de transparence et de contrôle que la pierre papier ?

Christian Micheaud