Les avatars de l’apolitique du logement

Commençons par un sourire. Après le premier choc pétrolier, notre Pays se trouva fort dépourvu. Le Président de l’époque chercha, par tous les moyens, à renflouer les caisses de l’État. C’est ainsi qu’il battit le rappel de nos débiteurs, dont des États africains auprès desquels il envoya un émissaire avec mission de recouvrer nos créances. Dans l’un de ces pays, notre émissaire entendit le discours suivant : « Monsieur l’ambassadeur, ici, nous sommes en a-fric, avec un a privatif. Nous n’avons pas d’argent ».

Le a privatif, chez nous aussi on connait, dans l’apolitique du logement. Depuis trois décennies, elle consiste, pour nos gouvernants, à gérer la pénurie résidentielle par l’impôt, la réglementation, voire la stigmatisation. Mais sans vue d’ensemble ni d’action concertée. Nos politiques n’ont, de l’immobilier, qu’une vision fiscale – une vache à lait non délocalisable – teintée de commisération sociale – un « droit au logement » (DALO) inapplicable.

Inapte à créer un environnement favorable à la construction, l’apolitique du logement se contente d’agiter des chiffons rouges :

– Elle zone, découpant le territoire pour accorder ici une faveur fiscale refusée là, sans prendre réellement en compte la diversité ni la finesse des marchés immobiliers locaux.
– Elle plafonne, préférant une gestion administrative des loyers à l’ajustement naturel des marchés, sans se rendre compte que, sur le terrain, un plafond a vite fait de devenir… un plancher.
– Elle niche, craignant de se laisser déborder par le poids des avantages fiscaux, sans avoir toutefois  de logique ni de constance dans la démarche. Ainsi, dans le projet de loi de finances 2013, le « Duflot », remplaçant du « Scellier », doit se retrouver dans la niche de 10 000 euros (montant maximum des réductions d’impôt qu’un contribuable peut cumuler au cours d’une année), alors que son homologue pour l’outre-mer n’y serait pas. Un succès personnel pour le ministre des Outre-mer… Lui, on va l’appeler le dénicheur !

Dernier avatar en date, notre ministre du Redressement productif propose, pour compenser un allègement des charges des entreprises, de ponctionner  « les secteurs abrités de l’économie, les secteurs qui font beaucoup d’argent sans finalement trop se fatiguer »… Et de citer les banques et l’immobilier. Quelle méconnaissance des réalités ! Les millions de personnes qui travaillent dans ces domaines apprécieront le manque de considération à l’égard de leur travail, alors même qu’elles sont, elles aussi, en proie aux difficultés.

On finirait par croire que le pouvoir rend aveugle. C’est bien possible, après tout, car une fois dans l’opposition, il arrive à d’anciens gouvernants de retrouver une vision plus perspicace des problèmes et de leurs solutions. Regardez Benoît Apparu, précédemment ministre délégué au Logement. Il vient de proposer « 10 mesures fortes pour le logement social » dont, notamment : libérer les droits à construire pour tous les types de logement ; inciter davantage les locataires HLM à acheter leur logement ; inverser la fiscalité des plus-values sur les terrains à bâtir pour libérer du foncier ; simplifier les normes pour abaisser les coûts de construction ; supprimer le DALO et le droit au maintien dans les lieux pour les nouveaux locataires HLM ; etc. Bref, une amorce de politique du logement… Pourquoi ne pas l’avoir fait quand il était aux commandes ?

Christian Micheaud

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