Aversion au risque

La pierre-papier continue de séduire les investisseurs, ainsi qu’en témoigne le montant des capitaux collectés par les SCPI au premier semestre (voir l’avis d’expert). Ce n’est pas une surprise pour tous ceux qui connaissent cette forme de placement et ses mérites. Il faut tout de même reconnaître que nous sommes dans une période particulière marquée par une aversion au risque d’une ampleur exceptionnelle. Les effets de la crise financière sont loin d’être tous dissipés. On le voit sur le plan économique. Le dynamisme de l’activité commence déjà à s’essouffler aux Etats-Unis. En Europe, la Commission relève ses prévisions pour 2010, mais c’est essentiellement pour tenir compte des performances enregistrées en Allemagne au cours des derniers mois ; elle s’attend à une croissance moins soutenue au second semestre et, surtout, elle constate que la reprise reste fragile.
Un constat comparable peut être fait sur les marchés financiers. Depuis le fort rebond des indices boursiers entre mars et septembre 2009, le marché des actions reste hésitant sur la plupart des places. Les phases d’optimisme et de crainte pour l’avenir se succèdent à un rythme rapide. Cette situation fait le bonheur de tous ceux qui suivent la Bourse heure par heure et réussissent à se faire porter par la marée, qu’elle soit montante ou descendante, mais ces constants changements d’humeur découragent les véritables investisseurs, ceux qui accompagnent les entreprises sur le long terme. On constate que le volume des transactions, sauf exceptions, reste faible : ni les fonds de pension ni les particuliers ne sont revenus sur le marché aux Etats-Unis. La confiance n’est pas là.
Peu nombreux sont les placements qui échappent à cette aversion pour le risque. L’once d’or vole de record en record, le dernier en date (pour combien de temps ?) ayant été inscrit à  1.282 $ le vendredi 17 septembre. Les obligations d’Etat et aussi celles des entreprises se placent bien, ces dernières permettant d’obtenir de meilleurs rendements pour un risque finalement modeste, à une époque où même les Etats des grands pays industrialisés sont menacés de perdre le fameux triple A des agences de notation. Enfin, un autre placement garde la cote auprès de tous les épargnants, c’est évidemment l’immobilier, soit en direct, soit par le biais de la pierre-papier.
Le débat actuel sur la retraite ne fait qu’exacerber cet attrait pour la pierre. Les Français ont bien compris que, dans tous les cas de figure, les retraites risquaient fort d’être moins généreuses dans le futur et qu’il était sage d’épargner. Et, dans cet environnement incertain, l’immobilier leur paraît être le placement le plus sûr. A voir la remontée rapide des prix du logement à Paris, on se dit toutefois que le danger d’un afflux de capitaux  sur quelques zones géographiques et quelques types de biens est réel : c’est surtout vrai pour l’investisseur qui doit ensuite rentabiliser l’achat d’un appartement en le louant, sachant que les moyens financiers des locataires ne sont pas extensibles à l’infini. La pierre-papier présente cet avantage énorme de permettre un investissement diversifié, à la fois par type de bien immobilier et par zone géographique. Avoir toute son épargne concentrée sur quelques mètres carrés, c’est très bien tant que la hausse du mètre carré se poursuit à cet endroit. Mais la récente crise américaine nous a rappelé que la hausse ne peut être éternelle. Alors, même pour un placement réputé sûr comme la pierre, une certaine diversification est de mise ; et la pierre-papier, de ce point de vue, présente un grand avantage.

Gérard Horny