Investir ou placer ?

Investir ou placer ?

Placement ou investissement ? En fait on place son argent à la banque et on l’investit en achetant un bien immobilier ou des actions. On le place en obligations et on l’investit en SCPI ou en OPCI. Investir et placer sont deux mots qui en disent long sur les chances et les risques… des placements !

Placements et investissements, deux réalités

Dès que l’on réussit à épargner on met son argent quelque part, donc on le place. Ainsi le mot placement est-il devenu générique. Quand un magazine titre « réussissez vos placements » ou « quel est le meilleur placement ? » il ne fait aucune différence : livret de caisse d’épargne, compte à terme, obligations, actions, or, SCPI, terres agricoles… tout est placement.

Pas si simple ! Il existe en effet deux réalités différentes :

    • Soit l’on confie son argent à une banque ou à une institution qui se comporte comme une banque. Elle est responsable des fonds confiés, dans le cadre de règles du jeu définies (disponibilité à tout instant ou non, taux d’intérêt versé). On peut alors parler de placement.
    • Soit l’on décide d’acheter un bien immobilier ou des actions, des parts de SCPI ou des actions d’OPCI, ou encore des actions d’OPCVM immobiliers. Dans ce cas l’intermédiaire est responsable du bon usage de l’argent reçu, mais pas de la performance.
      • L’agent immobilier et le notaire (pour les appartements ou maisons)
      • la banque, la société de Bourse ou le site en ligne (pour les actions et parmi elles, les SIIC),
      • la société de gestion (pour les SCPI, les OPCI ou les OPCVM immobiliers)
      • auxquels s’ajoutent parfois un conseiller (par exemple un conseiller en gestion de patrimoine)

sont des intermédiaires vers le bien immobilier, les actions ou les parts de SCPI. Personne ne s’engage sur la rentabilité future. On devrait alors parler d’investissement.

Il est important de distinguer entre ces deux approches. C’est la raison pour laquelle les anglo-saxons, et derrière eux les réglementations européenne et française, parlent clairement des investissements pour les distinguer des simples comptes dans une banque ou dans une caisse d’épargne…ou de la plupart des contrats d’assurance-vie.

Placement ou investissement : les contrats d’assurance-vie

Traditionnellement, la compagnie d’assurance-vie passe un contrat avec son client, définissant les frais et les modalités de rémunération. Que la loi ait demandé aux assureurs d’inclure une « participation aux bénéfices » ne change rien à l’affaire : celui qui confie son argent a en face de lui une compagnie d’assurances, responsable dans le cadre d’un contrat.

Ce type de contrat s’appelle aujourd’hui un « contrat en euros ».

Avec un contrat en euros, le souscripteur fait un placement en assurance-vie.

Mais la compagnie d’assurance-vie peut également se comporter comme un intermédiaire financier. Lorsqu’elle propose à ses clients des « unités de compte », elle agit toujours dans le cadre d’un contrat, mais celui-ci prévoit une rémunération, intérêts et évolution du capital, qui ne dépendent plus d’elle et dont elle n’est plus responsable vis-à-vis de son client. Si l’unité de compte est un OPCVM actions, la rentabilité pour le client sera celle de l’OPCVM et donc dépendra de la bonne santé de la Bourse. Si l’unité de compte est une SCPI ou un OPCI, ce sont encore la SCPI ou l’OPCI qui définissent la rentabilité.

Avec un contrat en unités de compte, le souscripteur fait un investissement.

En OPCVM actions, ou en SCPI, ou en OPCI, même s’il passe par une compagnie d’assurance-vie.

Placement : les obligations

Une obligation est un contrat. L’emprunteur, l’État ou une entreprise, s’engage à verser tel taux d’intérêt annuel et à rendre l’argent à l’échéance convenue.

On suppose qu’il n’y a aucun risque quand l’emprunteur (l’émetteur d’obligations) est l’État, qu’il y en a peu quand c’est une très grande entreprise, et que le risque commence s’élever quand l’emprunteur est une entreprise qui a des difficultés. Que le placement soit risqué ou non, c’est toujours un placement, puisqu’on a confié son argent à une institution.

Une obligation est un placement, tout comme un OPCVM obligations.

Pourquoi investir ?

Quand l’État, une banque ou une compagnie d’assurances s’engagent sur une rentabilité, inutile de dire qu’il ou elles ont pris leurs précautions… c’est la raison pour laquelle il est normal de chercher d’autres solutions, plus rentables mais naturellement plus risquées qu’un simple livret de caisse d’épargne ou un contrat d’assurance-vie en euros, et nous voilà dans le domaine des investissements.

On investit donc pour obtenir une meilleure rentabilité

Mais tout se paie ! Les différences majeures entre un placement et un investissement sont faciles à imaginer :

    • Quand on fait un placement :
      • on entre dans un cadre très sécurisé en échange d’une moindre rentabilité
      • il n’y a rien qui ressemble plus à un Livret A qu’un autre Livret A, qu’on l’ait souscrit dans une caisse d’épargne ou dans une banque
      • la question, de la « liquidité », ou de la disponibilité de son argent ne se pose pas vraiment : soit elle est instantanée, soit elle est prévue à certaines échéances
    • Quand on investit :
      • on lie son sort à un « marché », Bourse (marché financier) ou immobilier par exemple, qui peuvent connaître des fluctuations, des périodes difficiles et d’autres favorables
      • le choix d’une action parmi d’autres ou d’un appartement en particulier engagent l’avenir de l’investissement.
      • La question de la « liquidité » est toujours délicate, car « en Bourse on peut sortir à tout moment, mais ce n’est pas toujours le bon moment », et en immobilier la revente est une opération généralement assez lourde… et ce n’est pas toujours non plus le meilleur moment.

Court terme et long terme

Le critère de liquidité permet se séparer clairement les placements et les investissements pour leur usage pratique.

    • Parce qu’ils ne posent pas de problème de sortie, les placements sont utilisés pour : 
      • La précaution (répondre aux dépenses imprévues)
      • L’attente ou l’anticipation (on doit déménager dans deux ans, ou l’on sait qu’on devra un jour acheter une seconde voiture, etc.)
      • L’incertitude (il faudrait investir, mais pour l’instant on ne sait pas ce qu’il serait le mieux de faire).

Ainsi, un placement correspond toujours à un horizon de court terme.

    • Les investissements en revanche sont considérés comme de l’argent immobilisé, non disponible pour les dépenses ou surprises courantes. Ils sont utilisés pour :
      • Augmenter la valeur de son patrimoine
      • Préparer des revenus futurs, par exemple pour la retraite
      • Laisser quelque chose à son conjoint et à ses enfants

Ainsi, un investissement correspond toujours un objectif de long terme, l’horizon est de 10 ans, 20 ans voire 40 ans.

Investissement : Bourse, immobilier et pierre papier

L’observation du passé ne laisse aucun doute. Dès que l’on mesure la rentabilité au bout de 10, 15 ans ou plus, les placements font pâle figure en face d’investissements comme la Bourse et l’immobilier… à condition bien sûr d’avoir à peu près réussi dans les deux sujets suivants :

    • Les fluctuations des marchés. Il est très difficile de les prévoir, l’essentiel est par conséquent d’avoir la sagesse et la capacité d’attendre le meilleur moment pour vendre. C’est le rôle de l’investisseur d’avoir suffisamment de réserves (placements) pour être un investisseur serein quelle que soit la conjoncture d’un marché.
    • Les choix. Ni la Bourse ni l’immobilier ne sont des ensembles homogènes. Certains secteurs progressent mieux que d’autres sur une durée longue, certains sont momentanément en vogue puis ralentissent, d’autres émergent soudainement. Bourse et immobilier demandent de la compétence, du temps à y consacrer, et si possible des moyens suffisants. C’est la raison pour laquelle se sont développées
      • la gestion collective en Bourse (OPCVM)
      • et la pierre papier pour l’immobilier (SCPI, OPCI, etc.)

La pierre papier permet en effet :

    • soit d’optimiser l’investissement immobilier par une gestion collective, une protection réglementaire (FIA) et une plus grande souplesse à l’entrée et à la sortie, c’est le cas des SCPI, OPCI, FCPR et FPCI
    • soit d’optimiser le placement boursier en y introduisant de l’immobilier, c’est le cas des SIIC et des OPCVM immobiliers.

Si vous aimez sentir le parfum de la vérité

Les grecs anciens avaient etumos pour « vrai » et logos pour « discours » : étymologie signifie « la vérité au fond des mots »…

Quelle est donc le sens d’origine et l’évolution du mot « investir » ? Cela a commencé par « vêtir », puis « entourer », puis les militaires se sont emparés de ce mot pour « assiéger » (« entourer », n’est-ce pas ?) puis « engager les forces ».

De là, avec la naissance des grandes aventures industrielles, le mot « investir » dans le sens « engager ses capitaux ». Quand on pense aux faillites et désastres financiers qui ont accompagné par exemple les premiers chemins de fer, mais aussi aux grandes fortunes qui ont été constituées, on comprend que les financiers aient été chercher un mot dans le vocabulaire de la guerre, sujet par excellence des grands dangers et des grandes victoires.

Si l’on en croit l’étymologie, placer son argent est un activité paisible, investir est une aventure !

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Voir aussi :  Le manuel de l’investisseur