Faut-il avoir peur de la hausse des prix ?

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Une bonne nouvelle a été annoncée aux épargnants en ce début d’année : la rémunération du livret A va passer à 2 % ! Comme c’est souvent le cas, la bonne nouvelle s’accompagne d’une mauvaise : le taux du livret A est relevé parce que la hausse des prix a atteint 1,8 % en décembre dernier par rapport à décembre 2009. Certes, un glissement annuel des prix de 1,8 %, cela n’est pas dramatique. Mais il se trouve que c’est le chiffre le plus élevé depuis le mois d’octobre 2008 (on était alors à 2,7 %) et que l’on vient d’une période de crise économique pendant laquelle la tendance a été momentanément à la baisse des prix (jusqu’à – 0,7 % en juillet 2009). Alors le balancier est-il reparti vers le haut et le mouvement de hausse des prix risque-t-il de se poursuivre, voire de s’amplifier ?

pierrepapier-img_1075Comme en 2008, la hausse actuelle des prix trouve son origine dans celle des produits pétroliers, avec une progression de 15 % en un an du prix des carburants. Comme c’est souvent le cas à cette époque de l’année, surtout si le début de l’hiver est froid, le mouvement a été accentué par l’envolée du prix des produits alimentaires frais (+ 9,4 %). Et cette tendance n’est pas spécifiquement française : le renchérissement  des produits pétroliers s’explique par une demande plus forte que prévu à l’échelle mondiale et des tensions sur les prix agricoles sont enregistrées dans beaucoup de pays et sur beaucoup de produits du fait des événements climatiques de cet été dans l’hémisphère nord  (sécheresse en Russie et en Ukraine) et cet hiver dans l’hémisphère sud (inondations en  Australie et au Brésil). Dans la zone euro, la hausse des prix est passée à 2,2 %, au-dessus donc de l’objectif de moyen terme que se fixe la Banque Centrale Européenne. Au Brésil comme en Chine, les banques centrales sont déjà passées à l’action pour contenir les tensions inflationnistes.

Dans ce contexte, il est légitime de s’interroger sur la suite des événements. Quand l’inflation fait rage, l’épargnant est toujours perdant, mais à des degrés divers selon les produits dans lesquels son épargne est investie. Etre prévenu du danger permet de prendre des dispositions utiles.

En l’occurrence, il ne semble pas que le danger doive être placé très haut sur l’échelle des risques. Il y a, bien sûr, un côté inquiétant : certains gouvernements ne détesteraient pas voir la hausse des prix s’accélérer, car l’inflation a toujours été le moyen le plus commode de rendre supportable un endettement trop élevé. Mais il y a aussi un côté rassurant : que ce soit dans les pays dits riches ou dans les pays émergents, les banquiers centraux ne sont pas disposés à laisser la machine s’emballer et beaucoup de responsables politiques s’inquiètent des conséquences que pourrait avoir une brutale dégradation du pouvoir d’achat de la population ; ils ont pu voir à quoi cela a conduit en Tunisie.

De fait, la hausse des prix semble cantonnée à quelques produits et secteurs, elle ne gagne pas l’ensemble de l’économie. Or on ne peut parler véritablement d’inflation qu’en cas de mouvement généralisé et continu de hausse des prix. Les entreprises qui le pourront répercuteront dans leurs prix les hausses enregistrées sur les produits pétroliers et  alimentaires, mais la plupart, compte tenu de la vigueur de la concurrence, ne seront pas en mesure de le faire, ou seulement de façon partielle. Quant aux salariés, au vu des taux de chômage enregistrés aux Etats-Unis et en Europe, on peut penser qu’ils ne seront pas en mesure d’obtenir des hausses de salaires supplémentaires permettant de compenser l’érosion de leur pouvoir d’achat.. Ce qui est le plus à craindre dans ces conditions, ce n’est pas tant un dérapage de l’ensemble des prix qu’un tassement de la croissance du fait d’un ralentissement de la consommation. L’argent dépensé à la pompe ne l’est pas ailleurs.

Évidemment, pour l’épargnant, que la hausse des prix résulte de l’envolée des prix de quelques articles ou qu’elle soit l’expression d’un véritable mouvement inflationniste, le résultat est le même : le rendement réel (c’est-à-dire le rendement apparent diminué de la hausse des prix) de ses placements baisse. Cela dit, si le prix du baril de pétrole brut s’assagit, le problème ne sera que temporaire. Et si jamais la hausse des prix devait s’inscrire dans la durée, la pierre-papier a déjà montré qu’elle est à même de traverser ce genre d’épreuve mieux que la plupart des autres placements : le capital immobilier se revalorise et les loyers, avec une certaine inertie, sont réévalués.

Cette inertie s’explique facilement : les loyers évoluent en fonction des indices de référence, au rythme du renouvellement des baux. L’ajustement est donc progressif. Cette inertie a joué un rôle protecteur pendant la crise : quand les prix baissent, les loyers baissent aussi, mais pas tout de suite et de façon progressive. De même, si les prix remontent, les loyers remonteront aussi, avec un décalage dans le temps.  Il ne faut jamais l’oublier. La pierre –papier n’a pas le pouvoir d’ignorer les soubresauts de l’économie, mais elle a la particularité de les lisser, d’en atténuer la brutalité. Dans les périodes d’incertitude –et elles reviennent souvent !-, c’est un avantage appréciable.

Gérard Horny

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