L’éradication des fourmis

Il fut un temps où l’on disait aux Français d’épargner pour leur retraite. Les revenus tirés de la capitalisation individuelle leur seraient bien utiles pour compléter les pensions servies par les régimes collectifs de retraite par répartition, en cure d’amaigrissement prolongée. Certains l’ont fait, consciencieuses fourmis, investissant leurs économies qui dans la pierre, qui dans l’assurance vie…

Mais ça, c’était avant. Non pas que les retraites par répartition soient revenues à meilleure fortune. Non, c’est désormais la capitalisation qui est menacée. Son ennemi ? La fiscalité, galopante depuis plusieurs années et sur le point de s’emballer actuellement. Pour la bonne cause, bien sûr, et sous un prétexte de justice sociale : « Il faut taxer les revenus du capital comme ceux du travail ». Si la formule sonne bien, elle est en réalité fausse et dangereuse.

Fausse, car les revenus du capital sont déjà quasiment autant chargés que ceux du travail pour ces fourmis des classes moyennes, avec une différence notable : les prélèvements sociaux qu’ils supportent n’ouvrent droit, en retour, à aucune prestation sociale. De plus, le capital lui-même subit des ponctions dont est exempté – fort heureusement – le travail : l’ISF, l’impôt de plus-value et, pour l’immobilier, les droits d’enregistrement à l’achat puis la taxe foncière annuelle pendant la détention du bien. Et comme les revenus vont en s’amenuisant, c’est le capital qui est de plus en plus mis à contribution !

Dangereuse, car si la fiscalité est nécessaire, elle n’a pas vocation à punir ni à désigner un prétendu coupable à la vindicte populaire. Les fourmis n’ont rien volé. Elles ont économisé sur les revenus de leur travail, après en avoir acquitté l’impôt. Leur seul tort serait d’avoir voulu percevoir les fruits de leur labeur, une pratique contraire à la nouvelle règle en vigueur dont le principe est de contribuer sans contrepartie. La preuve, les fourmis vont être invitées à financer le logement social par le doublement du plafond du Livret A. Pour quelle rémunération ? Des clopinettes, le taux du Livret A ne compensant même pas l’inflation.

Quel intérêt y aurait-il à faire disparaître ces fourmis, industrieuses, prévoyantes et, au final, autrement plus partageuses que dans la fable ? Aucun. Bien au contraire, c’est un modèle qui reste exemplaire et qu’il faut encourager. N’oublions pas qu’il en va de la solidarité sociale comme de la répartition pour les retraites : sans une proportion suffisante de contributeurs pour couvrir les besoins des bénéficiaires, le système explose. Autrement dit, quand on aura éradiqué les fourmis, les cigales danseront devant le buffet.

Christian Micheaud, éditorialiste

Pierrepapier.fr

6 réponses
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    Une froumi dit :

    Excellente analyse

    Juste une précision pour la conclusion :

    “les cigales danseront devant le buffet” … Un buffet vide évidemment !

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    P.Vuilleumier dit :

    N’oublions pas que ce capital constitue ce qui reste après l’impot sur les les revenus ; c’est donc une double peine en attendant l’impot sur les successions : la triple peine !

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    Immotnip dit :

    Bonjour
    Merci pour ce billet.
    Pour votre information, Taux moyen sur 10 ans du livret A = 2.4% vs Inflation moyenne sur 10 ans = 1.76%
    Cordialement

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    Claire ANDRES dit :

    Enfin une analyse simple et frappée du bon sens qui formule clairement le sentiment de la classe moyenne, toujours mise à contribution, toujours décriée et jamais défendue ni remerciée pour son abnégation permanente.
    Cet éditorial ne pourrait-il pas être transmis à tous les membres de nos assemblées de députés et de sénateurs qui représentent si peu la pensée de la France moyenne qui travaille et que l’on pressure à l’infini au point de la dégoûter?
    Une fourmi qui tient la même analyse que la vôtre depuis des années, dans l’anonymat, car ce discours n’interesse, ni les politiques, ni les médias.

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    descourtieux dit :

    Bravo pour votre billet d’humour qui retrace une humeur à laquelle l’ère du temps demande de plus en plus de compte.
    Esope puis La Fontaine avaient tout dit, mais l’idéologie à tout crin laisse derrière elle la sagesse de ces anciens, et celle des fourmis…

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