Faire d’un mal un bien

La rentrée ne s’annonce pas sous les meilleurs auspices. Les spécialistes du climat nous avaient annoncé un été caniculaire ; dans l’ensemble il a été médiocre. Dans le domaine économique, les communiqués triomphants saluant la reprise ne paraissent guère plus fiables que les prévisions de la météo. Après avoir retrouvé un rythme très rapide dès la fin de 2009, la croissance américaine s’essouffle. En Europe, les performances remarquables de l’Allemagne peinent à cacher des hausses du PIB assez modestes et il n’est pas du tout certain que ces performances puissent se maintenir aussi haut au cours des prochains trimestres. Même la Chine envoie des signaux un peu inquiétants : son plan de relance a été une réussite totale, mais il lui faut aujourd’hui veiller à ne pas laisser le crédit s’envoler et à ne pas provoquer de hausses trop brutales des prix dans l’immobilier. Or les phases de stabilisation sont toujours très délicates : les pouvoirs publics ne peuvent savoir qu’après coup s’ils n’ont pas appuyé trop fort sur le frein.

Dans ce contexte incertain, les marchés financiers évoluent avec beaucoup d’hésitations. Depuis le début de l’année, la plupart des indices boursiers sont en recul ; réussir comme celui de la Bourse de Francfort à ne presque rien perdre est considéré comme remarquable. Les investisseurs se montrent d’autant plus prudents que les Cassandre font de nouveau entendre leur voix : les difficultés de l’économie américaine, selon eux, laissent présager une rechute de l’activité au  niveau mondial.

Ce pessimisme est sans doute excessif : le plus probable est une croissance lente à l’horizon des prochains mois, avec un risque non négligeable de stagnation. Une véritable retombée en récession, sans pouvoir être exclue, n’est pas le scénario le plus sûr : dans beaucoup de pays, dont le nôtre, les moteurs de la croissance ne sont pas tous allumés et ceux qui marchent manquent de puissance, mais Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale, en déclarant que la banque centrale des Etats-Unis a les moyens d’agir et le fera si nécessaire, résume assez bien la situation. A défaut de pouvoir à nouveau injecter des milliards dans l’économie, les Etats comptent sur les banques centrales pour soutenir l’activité.

Avec des taux courts qui ont de fortes chances de rester durablement peu élevés, une inflation toujours faible et une croissance très modérée, les taux à long terme ont toutes les raisons de demeurer très faibles ; on constate même qu’ils sont en net repli depuis le début de l’année. A Paris, le rendement de l’OAT à dix ans est tombé fin août à un niveau historiquement faible, au-dessous de 2,5 %. En septembre 2009, il se situait au-dessus de 3,5 %. Un point de pourcentage en moins en un an par rapport à un taux déjà bas, c’est énorme. Et l’Etat n’est pas seul à en profiter pour se refinancer à bas coût. Un particulier peut aujourd’hui emprunter à 3,20 % à quinze ans ; il peut même trouver des emprunts à taux révisable à 2,65 %.

De tels chiffres ont de quoi faire réfléchir. Un placement est d’autant plus intéressant qu’il est effectué par endettement, avec donc un fort effet de levier. Loin de se désespérer de la conjoncture, nous avons pu rencontrer au cours des dernières semaines des investisseurs avisés qui se préparaient à emprunter à quinze ans pour acheter des parts de SCPI. L’un d’entre eux avait jeté son dévolu sur l’une d’entre elles qui affiche depuis sa création un rendement annualisé de plus de 10 % depuis sa création (hors avantages fiscaux possibles !) ; inutile de dire qu’il ne voyait pas que des inconvénients à la situation présente.

Soyons francs : nous préférerions une économie plus forte offrant de meilleures perspectives, dans laquelle les taux d’intérêt seraient plus élevés. Mais il faut savoir faire d’un mal un bien : c’est dans les périodes comme celles que nous traversons, où le crédit est peu cher, qu’il faut emprunter et investir pour l’avenir.

Gérard Horny