Rentrée économique : faut-il s’inquiéter ?

Rentrée économique : faut-il s’inquiéter ?

L’émission « La gestion de patrimoine dans tous ses états » s’intéresse aujourd’hui à… la conjoncture économique. L’injection massive de liquidités dans l’économie est-elle une bonne nouvelle ? Et quels impacts sur l’évolution des actifs immobiliers et financiers ? Les réponses de Guy Marty, au micro de Fabrice Cousté, sur Radio Patrimoine. 

Fabrice Cousté – Après cette crise Covid, on se prépare à une rentrée économique compliquée. Est-ce que les particuliers doivent s’en inquiéter ?

Guy Marty – Déjà, si on a le moral, l’économie ira mieux. Donc ce serait une première raison d’essayer de ne pas trop s’inquiéter. Ensuite, je ne suis pas sûr que les nouvelles économiques, au moins dans la réaction que l’on a à la crise, soit si mauvaises que ça…

Fabrice Cousté – Les pays européens, par exemple, se sont fédérés et ont lancé de grands plans de relance. C’est plutôt une bonne nouvelle…

Guy Marty – Tout à fait ! Mais il y a ce que l’on voit, et ce que l’on ne voit pas. Ce que l’on voit, c’est un début de solidarité. Mais on peut toutefois se demander ce qui explique le grand revirement d’Angela Merkel. Et là, c’est ce que l’on ne voit pas, ou ce que l’on voit moins. C’est-à-dire la fusion des politiques monétaires et budgétaires. Enfin, c’est la direction vers laquelle on va…

Fabrice Cousté – Plus précisément ?

Guy Marty – Autrefois, il y avait la Banque de France. Qui faisait la politique monétaire. Et il y avait l’Etat, qui bien sûr, « faisait » la politique budgétaire. Autrement dit, la France avait une marge de manœuvre. Avec l’Europe, chaque pays a perdu une partie de sa marge de manœuvre. Et l’Europe elle-même n’en avait pas. Mais, à partir du moment où l’on réconcilie politique budgétaire et monétaire à l’échelle européenne, l’on recrée une marge de manœuvre. Donc l’Europe va sortir plus « souple » de cette épreuve. Elle peut désormais agir. C’est donc une bonne nouvelle.

Fabrice Cousté – Au prix, toutefois, d’une relance par la dette… Cette dette n’est-elle pas trop importante ? Et qui va la rembourser ?

Guy Marty – Imaginons que vous m’ayez prêté 10 000 €…

Fabrice Cousté – Imaginons…

Guy Marty – Vous allez alors vous demander si je vais vous rembourser. Moi, cela va un peu m’empêcher de dormir, tant que je n’aurai pas remboursé. Imaginons maintenant que vous m’ayez prêté 1 million d’euros. La donne change. Vous savez, en fait, que je ne vous rembourserai jamais. Et moi, je ne suis plus inquiet du tout. Autrement dit, pour revenir à la dette européenne, un seuil a été franchi. Le seuil au-delà duquel les dettes ne sont plus remboursables. On continue à faire semblant… Mais, en réalité, nous allons passer dans un autre système monétaire. Que l’on ne connaît pas encore. Mais où les dettes d’aujourd’hui seront en partie effacées d’une façon ou d’une autre…

Fabrice Cousté – Quel sera l’impact « physique » de cette dette massive, à la fois sur les actifs réels, comme l’immobilier, ou sur les actifs financiers, comme ceux cotés en Bourse ?

Guy Marty – Liquidités massives signifie taux bas pendant longtemps. Parce que les liquidités, une fois qu’elles ont inondé l’économie, il devient difficile de les assécher. C’est un peu comme un tube de dentifrice. Vous poussez dessus, la pâte sort. Mais essayez ensuite de faire rentrer la pâte à l’intérieur… Donc, taux bas pendant très longtemps. Ce qui signifie très faible rémunération pour l’épargne de précaution. A contrario, l’emprunt est favorisé. Normal, car il faut bien que les banques puissent gagner un peu d’argent. Enfin, cela signifie inflation. Mais inflation des actifs. Pas inflation des salaires ou des prix.

Fabrice Cousté – Cela veut dire qu’il y aura une hausse des actifs immobiliers ?

Guy Marty – Il ne faut surtout ne pas confondre le long terme et le court terme. Je vais prendre l’exemple du logement. Sur le long terme, les fondamentaux sont excellents. Et l’injection massive de liquidités y participe. Mais, sur le court terme, les lois de l’offre et de la demande peuvent provoquer des variations très brutales. La demande peut souffrir d’une « mauvaise ambiance ». Comme celle aujourd’hui entretenue par le gouvernement et les médias. L’offre dépend quant à elle de plusieurs facteurs. Dont les fameux « 4D ». 3 de ces « D » sont défavorables. Il s’agit des Divorces, des Dettes, et des Décès. Le quatrième “D” est positif : les Déménagements. Or, actuellement, ce D positif est susceptible d’augmenter. Pourquoi ? En raison de l’essor du télétravail, tout simplement. On risque donc un petit embouteillage côté offre, face à une demande atone. Donc, une baisse des prix.

Fabrice Cousté – Une baisse, mais à court terme…

Guy Marty – Elle n’est pas impossible, oui.

Fabrice Cousté – Dernier point, la Bourse. Quel effet aura l’augmentation de la dette sur la Bourse ?

Guy Marty – La Bourse est folle… Je veux dire que c’est dans sa nature d’être un petit peu irrationnelle. Elle accueille positivement, bien entendu, cet afflux de liquidité. Mais, dans le même temps, elle ne sait pas trop quelle direction prendre. Il faut arrêter de prétendre avoir des « stratégies ». Une stratégie, normalement, c’est rationnel. Or la Bourse est extrêmement erratique, parce que psychologique. Une nouvelle fois, je pense qu’il est essentiel de revenir sur la bonne vieille règle du versement régulier fixe. On sait que c’est efficace, quelles que soient les fluctuations de la Bourse. Et les outils ne manquent pas : le PEA, le PER. Le conseiller a donc beaucoup de choses à raconter à ses clients. Sur le monde économique en général. Et sur les conséquences concrètes de cet environnement sur l’immobilier et la Bourse…


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