Gestion de patrimoine : quel devenir dans le « monde d’après » ?

L’émission « La gestion de patrimoine dans tous ses états » s’intéresse aujourd’hui à… la gestion de patrimoine. Y a-t-il une gestion de patrimoine dans le « monde d’après » ? En quoi serait-elle différente de celle du « monde d’avant » ? Comment doivent agir les conseillers en gestion de patrimoine ? Les réponses de Guy Marty, au micro de Fabrice Cousté, sur Radio Patrimoine.  

Fabrice Cousté – Guy Marty, que devient la gestion de patrimoine dans ce « monde d’après »… qui ressemble d’ailleurs furieusement au « monde d’avant » ?

Guy Marty – Ce monde d’après, j’aimerais savoir ce qu’il est, ou ce qu’il sera. Aujourd’hui, personne n’en sait rien. Le scénario que nous venons de vivre est inédit. Paralysie de l’économie mondiale pendant plus de deux mois. Puis injection massive de liquidités par les banques centrales, à des niveaux tout à fait inimaginables… Non, aucun scénariste n’avait pensé à cette version d’une crise économique…

Fabrice Cousté – En a-t-on trop fait ? ou pas assez ?

Guy Marty – Trop fait, pas assez, ou mal fait : la question est complexe. Le problème reste la faible visibilité dont nous disposons. Imaginons une « seconde vague », en octobre ou novembre. Plus forte que la première. Ce serait la goutte d’eau qui ferait déborder tous les vases d’une possible reprise. Imaginons surtout ce qui me paraît le pire. Que les gouvernements continuent à maintenir ce climat de crainte. Cela ne serait pas du tout favorable à une reprise économique…

Fabrice Cousté – Que doivent faire les conseillers en gestion de patrimoine face aux interrogations de leurs clients ?

Guy Marty – Tout dépend, déjà, de la nature des besoins du client. Si celui-ci est en phase d’épargne, une phase « turbulente », comme celle que nous vivons actuellement, n’est pas si préjudiciable. Si le client, en revanche, a besoin des revenus de son épargne pour vivre, la situation peut être plus problématique.

Fabrice Cousté – Quid, en particulier, de la thématique du logement ?

Guy Marty – Il est soumis à des forces contraires. Une force de très long terme lui est toujours aussi favorable, c’est le besoin en logements. L’une des forces de court terme est elle aussi positive : la quantité d’épargne et de liquidités disponibles. Sachant que le logement est toujours considéré comme une valeur refuge. Mais il y a aussi des forces « négatives ». Celle du moral, par exemple. Quant on n’a pas le moral, on ne prend pas de décisions. Or, les mauvaises nouvelles sont aujourd’hui légion. Ce qui pourrait conduire à une certaine paralysie du marché immobilier, et potentiellement à une baisse des prix. Difficile donc de pronostiquer un quelconque scénario. Je pense que le conseiller doit admettre et partager cette incertitude.

Fabrice Cousté – Peut-on tenir le même raisonnement en ce qui concerne la Bourse ?

Guy Marty – Pas tout à fait. Il faut savoir que « l’objectif » de la Bourse, c’est en réalité, si je puis dire, de faire perdre de l’argent à ceux qui jouent avec elle. Les règles sont donc différentes. Pour gagner en Bourse, il faut la prendre à son propre jeu. En y investissant graduellement. Un achat mensuel par exemple. Soit en direct, soit via des formules de placements qui investissent en Bourse, telles que les unités de compte de l’assurance-vie ou les PER. Ou les OPCVM. Avec cette technique, quand la Bourse monte, on achète moins. Quand elle baisse, on achète plus. Ainsi, on évite les écueils du jeu de la Bourse.

Fabrice Cousté – Ce qui revient, finalement, à « deviner » les fluctuations de la Bourse ? En espérant acheter au plus bas et vendre au plus haut ?

Guy Marty – Ça, ça ne réussit jamais ! Une règle boursière bien connue est « the trend is your friend ». En français, la tendance est votre amie. Or, aujourd’hui, il n’y a pas de tendance. La Bourse peut monter, baisser soudainement, remonter. La seule façon de gérer cette situation, je le répète, c’est l’investissement progressif ou programmé. Ou, pour celui qui dispose déjà d’un gros portefeuille boursier, de procéder à des cessions sur les valeurs qui ont le plus monté. Quitte à revenir dessus s’il y a une forte baisse. Une chose est sûre : la Bourse ne sera pas un long fleuve tranquille au cours des prochains mois…


Lire aussi

Pourquoi le logement est-il si cher ?

Se couvrir contre une baisse du prix du mètre carré à Paris, c’est désormais possible…