La crise va changer la nature des risques

L’émission « La gestion de patrimoine dans tous ses états » s’intéresse aujourd’hui à la nouvelle nature du risque. Crise sanitaire, plans de soutien et nouvelles injections massives de liquidités, puissance renouvelée du digital, transition écologique : et si le « risque » avait changé de nature ? Comment les CGP doivent-ils adapter leurs conseils et orientations de placements à cette nouvelle donne ? Les réponses de Guy Marty, au micro de Fabrice Cousté, sur Radio Patrimoine.

Fabrice Cousté – Vous pensez aujourd’hui qu’il y a une nouvelle nature de risque ?

Guy Marty – Oui, il y a une grande crise, et donc le risque change de nature.  En fait, avant 2008, la nature du risque, ou sa définition communément acceptée, était essentiellement financière. Elle faisait référence à la notion de volatilité. Le risque, c’était la mesure des fluctuations à court terme. Mais la tendance long terme était à la hausse. Entre 1983 et 2008, les taux d’intérêt ont baissé, ce qui a été bon pour les valeurs obligataires, et aussi pour la Bourse et pour l’immobilier. Il y avait donc des hauts et des bas, mais dans des marchés qui, depuis le début des années 80, étaient structurellement haussiers.

En 2008, il y a eu un premier coup de semonce. Avec l’injection massive de liquidités, on a commencé à s’inquiéter d’une possible faillite des États. Et donc de la fiabilité des instruments de dettes. Ces craintes ont été oubliées, et on a continué de regarder le risque comme un risque de volatilité, de fluctuations intermédiaires.

Et puis, 2020, le choc sanitaire. Il y a de nouveau une inondation de liquidités, cette fois ci dans des proportions inouïes.  Et l’on peut se dire qu’on passe dans un monde différent, au niveau financier et au niveau économique. Ce n’est plus le même risque. Il ne s’agit plus de volatilité, mais de changements radicaux.

Fabrice Cousté – Ces nouveaux risques, quelles classes d’actifs affectent-ils en priorité ?

Guy Marty – Vous savez, avant 2001, on n’entendait pas parler de Google ni d’Amazon. Avant 2008, on ne connaissait ni Facebook ni Tesla. De nouvelles entreprises vont émerger demain, dont on entendra parler après-demain. Comme l’économie va se transformer considérablement, la Bourse a de très bonnes chances d’être excellente. Mais avec une volatilité accentuée. Le CGP doit prévenir ses clients que la Bourse peut connaitre des hauts et des bas violents… même si cela reste un excellent placement.

Fabrice Cousté – Et pour l’immobilier, le logement en particulier, que va-t-il se passer ?

Guy Marty – Si l’on prend le sujet spécifique de l’immobilier résidentiel – le logement, donc -, sa « carte des prix » va sans doute évoluer significativement au cours des prochaines années. La révolution du télétravail et les autres mutations sociétales vont entrainer des changements de valorisation. Favoriser certaines zones. En défavoriser d’autres. Sans compter la transition énergétique et les travaux qui vont devoir être réalisés. Ces évolutions seront progressives, et s’étaleront sur plusieurs années.

Par conséquent, de deux choses l’une. Soit, je m’y connais bien, je connais exactement tel quartier, je sais qu’il va prendre de la valeur avec le temps. Et à ce moment-là je peux investir. Soit j’ai vraiment intérêt à aller vers la gestion collective qui, elle, apporte une réponse aux risques nouveaux.

Fabrice Cousté – En quoi la gestion collective est-elle une réponse au risque ?

Guy Marty – Par la diversification sur plusieurs biens immobiliers. Par une capacité à faire évoluer les patrimoines, en arbitrant les actifs ou en les transformant, parce qu’un grand portefeuille cela signifie des moyens importants.

Par la gestion professionnelle aussi. Les professionnels ne sont pas forcément plus intelligents que les particuliers dont ils gèrent l’argent. Mais ils « baignent » au quotidien dans tous ces sujets. Ils ont donc plus de chance d’être alertés en cas d’évolution des marchés, et de les anticiper. La gestion collective, en immobilier, ou en Bourse, présente donc aujourd’hui encore plus d’intérêt qu’auparavant.

Fabrice Cousté – Quels conseils donner aux conseillers en gestion de patrimoine qui nous écoutent ? Ces changements, cela crée aussi de nouvelles opportunités…

Guy Marty – Tout à fait ! Je crois que les conseillers en gestion de patrimoine doivent être attentifs à ce que l’on nomme les classes d’actifs alternatives. Les investisseurs institutionnels l’ont fait dès 2008, et le font encore plus aujourd’hui, en s’intéressant aux infrastructures, au private equity et aux autres actifs non cotés, dont bien sûr l’immobilier. Les CGP ont tout intérêt à approfondir leurs connaissances dans ces domaines. Et à recourir à des gestions collectives.

Je pense que dans cette période mouvementée pour les placements, donc très différente de la période que nous avons connue, le CGP va être encore plus indispensable. Et peut-être, son indispensabilité va être mieux connue, mieux perçue.

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