CGP ou internet ? Conseils et promesses...

Internet, réseaux sociaux, YouTube. Des vidéos, des publicités expliquant comment gagner de l’argent ou même faire fortune avec l’immobilier. Intéressant ? Dangereux ? Et que deviennent les métiers du conseil ? L’émission « La gestion de patrimoine dans tous ses états » s’intéresse aujourd’hui à la présence, de plus en plus forte sur la toile, de l’immobilier ou du  Pinel. Pour les conseillers en gestion de patrimoine, explique Guy Marty au micro de Fabrice Cousté sur Radio Patrimoine, c’est un encouragement à reprendre le flambeau… de l’enthousiasme. 



Fabrice Cousté – De plus en plus de monde, sur internet et notamment sur YouTube, vante les mérites de l’immobilier, et des rentabilité exceptionnelles. Que faut-il en penser ?

Guy Marty – C’est à la fois sympathique, surréaliste, et …un peu arrogant. Celui qui a fait fortune explique aux autres comment faire. Comme si c’était facile ! Que tout le monde allait le faire… C’est la beauté des réseaux sociaux, dont YouTube est un concentré des merveilles… et de quelques jolies poubelles.

Mais il faut prendre cela au sérieux, car il y a un côté très positif. Si on se force à emprunter, on va rembourser pendant dix ans, quinze ans… Donc on va épargner pendant toutes ces années. On se met une discipline d’épargne, en début de mois, donc avant la consommation. C’est de toute façon très vertueux, très efficace pour se constituer un patrimoine.

Des risque nouveaux apparaissent sur le logement

Fabrice Cousté – Mais est-ce vraiment raisonnable de pousser, notamment les jeunes… et les moins jeunes, à s’endetter et à foncer dans un tel placement ?

Guy Marty – Bien sûr il y a des risques. Le premier, si l’on souscrit un emprunt, c’est qu’il faut bien viser. Pas trop, pour pouvoir supporter des aléas de revenus. Le deuxième risque, ce serait de penser qu’acheter un logement est toujours facile, toujours gagnant. Qu’est-ce que vous achetez ? De quelle qualité ? A quel emplacement ? Etes-vous sûr que vous aurez toujours un locataire, qui paiera toujours son loyer ? Or, il faut bien savoir que la période actuelle va chahuter les marchés du logement. Nous venons d’un quart de siècle de croissance des prix et des loyers. Là, il va y avoir des choses qui vont changer…

Fabrice Cousté – Par exemple ?

Guy Marty – Il y a notamment le télétravail, qui va modifier la carte géographique des prix. Et si l’on travaille en partie chez soi, cela va aussi changer les types d’appartement recherchés. Et puis, les normes en matière de dépenses énergétiques vont évoluer, de même les critères confort, bien-être et santé. Cela fait beaucoup de bouleversements à attendre. Alors que quand vous avez un bien, vous l’avez. Donc ce n’est pas si facile, en tout cas il devient moins facile que par le passé, de prendre une bonne décision. Non par rapport à aujourd’hui, mais pour les prochaines années.

La rentabilité des placements : vaste programme

Fabrice Cousté – Surtout que l’on fait parfois miroiter, sur internet, des rentabilités extraordinaires…

Guy Marty – Oui, comme par exemple avec le Pinel, ou avec l’investissement dans l’ancien. Ah, la rentabilité ! Vous savez, dans le logement, il y a le prix d’achat et le prix de revente. Mais il y aussi, en face des loyers : des frais, des charges et parfois aussi, du temps passé. En fait, pratiquement personne ne fait vraiment le calcul, en intégrant tous les détails. C’est le grand avantage par rapport aux SCPI, aux contrats d’assurance-vie, où on peut savoir exactement ce qu’on a gagné.

Et puis, quand on projette une rentabilité future, on y met un montant de loyers, on y met de la plus-value. Mais il y a la vie réelle. Je vous avoue que j’ai parfois envie de sourire quand on me présente des tableaux de rentabilité future. Même si je crois, vraiment, à l’intérêt de l’investissement locatif, à l’intérêt du logement.

La génération internet attend de l’enthousiasme… même pour les questions d’argent !

Fabrice Cousté – On peut se poser la question pour les conseillers en gestion de patrimoine : comment doivent-ils se comporter par rapport à ces vidéos ? Que doivent-ils dire à leurs clients ?

Guy Marty – Si ces tutos, ces vidéos, ont un tel succès, c’est qu’ils répondent à une attente. Or, le CGP, il fait tout. Du logement en direct, comme des SCPI ou de l’assurance-vie immobilière. En plus, les conseillers ont une compétence, et une expérience qu’ils apportent à leurs clients. Par exemple, pour mieux choisir les programmes de logement où investir. Ils sont donc à priori bien placés. Mieux placés, en tout cas, que le premier youtubeur venu. Sauf que… il s’est passé quelque chose. La profession est devenue de plus en plus expérimentée, de plus en plus compétente. Mais aussi de plus en plus régulée. Et, quelque part, de plus en plus « sérieuse ». Alors qu’il serait peut-être plus judicieux d’être en phase avec l’enthousiasme que la nouvelle génération recherche.

Fabrice Cousté – Et donc…

Guy Marty – Après tout, les professionnels pourraient reprendre le flambeau. Ils pourraient eux aussi expliquer aux plus jeunes comment se constituer un patrimoine. Par une épargne régulière, bien investie. Ils pourraient, pourquoi pas, eux aussi, « faire rêver ». Faire rêver, c’est cela la leçon d’internet et de YouTube pour les conseillers en gestion de patrimoine…

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