Actif et classe d'actifs

Actif et classe d’actifs

Un actif est un support d’investissement. C’est un bien, ou un titre, ou toute chose que l’on peut acheter, puis conserver, puis vendre dans l’optique d’en tirer un rendement ou une plus-value. Ses principales caractéristiques sont la rentabilité, le risque et la liquidité.

Le mot « actif » dans ce sens, comme dans « actif financier » ou « actif immobilier » ou « gestionnaire d’actifs » est un mot nouveau que la pratique des investissements a introduit dans la langue française.

D’abord les entreprises

Toute entreprise établit chaque année deux documents essentiels :

    • Le compte de résultats, qui indique ce qui a été gagné et dépensé au cours de l’année, et la différence entre les deux, le fameux bénéfice.
    • Le bilan, qui constitue la « photo » de l’entreprise en fin d’année
      • d’un côté ce qu’elle possède (les brevets, les machines, éventuellement les locaux, l’argent en banque ou les placements effectués, et d’ailleurs aussi ce que les clients lui doivent), cela s’appelle l’actif
      • de l’autre ce qu’elle doit (le capital, supposé être rendu aux actionnaires si un jour l’entreprise était dissoute, les emprunts à long terme, les emprunts à la banque, les dettes aux fournisseurs, et les bénéfices non encore distribués aux actionnaires), cela s’appelle le passif

Actif et passif appartiennent ainsi au langage de la comptabilité des entreprises. Ces deux mots sont bien définis dans les dictionnaires.

Puis les investisseurs institutionnels

Imaginons maintenant une compagnie d’assurance-vie ou un fonds de pension (des « investisseurs institutionnels »).

La compagnie d’assurance-vie :

    • reçoit des « primes » en échange desquelles elle devra rendre un jour de l’argent à ses assurés.
    • en attendant, elle tente de protéger ou rentabiliser l’argent reçu, en le plaçant en obligations, ou en l’investissant en actions ou en immobilier.

Quand la compagnie d’assurance-vie établit son bilan :

    • à l’actif il y a les obligations, les actions et l’immobilier qu’elle détient, à quoi s’ajoutent les liquidités non encore placées ou investies,
    • au passif, il y a ses engagements futurs auprès de ses assurés

Il en est exactement de même pour un fonds de pension qui reçoit des cotisations pour ensuite verser des retraites.

Du point de vue des investisseurs institutionnels, les obligations, les actions et l’immobilier sont donc à l’actif du bilan. Par facilité de langage, le terme « actif » a été transféré aux éléments eux-mêmes, les obligations, les actions et l’immobilier.

Les actifs traditionnels : les obligations et les actions

Pendant toute la seconde moitié du XXème siècle et jusqu’au début des années deux mille, les investisseurs institutionnels ont majoritairement constitué l’actif de leur bilan avec des obligations et des actions. Bien entendu, ils ont cherché à optimiser leurs placements et investissements. Ils ont donc développé des techniques, des compétences, des modèles mathématiques pour obtenir la meilleure rentabilité possible en prenant le moins de risques possibles.

Les obligations et actions ont donc été analysées, scrutées, investiguées pour tenter de tirer le meilleur parti de leurs trois caractéristiques fondamentales :

    • la rentabilité que l’on peut en attendre sur des périodes de temps variables
    • le risque ou, ce qui revient au même pour les financiers, la volatilité, c’est-à-dire la capacité de fluctuer de façon éventuellement importante en cours de route
    • la liquidité, autrement dit la facilité ou la difficulté de revente.

Dans le langage, le savoir-faire et les enseignements en finance, seuls les actifs « financiers », les obligations et les actions, étaient donc de véritables actifs.

Les actifs alternatifs : d’abord l’immobilier

Au tournant du siècle, l’immobilier si longtemps tenu en-dehors du périmètre de la finance, commença à intéresser des chercheurs et des investisseurs. Certains avancèrent l’idée que l’immobilier aussi était un « actif », qu’il pouvait lui aussi être étudié à l’aune de ses rentabilité, risque et liquidité, et qu’il pouvait être intégré dans les modèles mathématiques, en complément des obligations et des actions.

Puis vint la crise de 2008, qui ébranla nombre de bilans d’investisseurs institutionnels. Ce qui était un sujet marginal devint crucial : oui, l’immobilier pouvait stabiliser un « portefeuille » autrement composé d’actifs financiers – obligations et actions. Oui, l’immobilier était un « actif » à part entière. Mais comment qualifier ce nouveau venu dans le système ? Eh bien, ce serait un « actif alternatif ».

Voir aussi « Tant qu’il y aura des acheteurs »

D’ailleurs, il y avait d’autres « actifs alternatifs » possibles, pour rechercher un supplément soit de stabilité, soit de rentabilité : les infrastructures, le « private equity » (en français, les actions non cotées), les fonds de dettes, l’or et les métaux précieux, les devises, etc. Le périmètre d’intérêt des investisseurs institutionnels s’est considérablement élargi depuis une dizaine d’année, et donc aussi la liste des « actifs ».

Des classes d’actifs

Le paysage de tous les investissements possibles a donc été revu à partir de la démarche des financiers.

Bref, l’immobilier est devenu une « classe d’actifs » à part entière au même titre par exemple que les actions. Chaque classe d’actifs à sa propre carte d’identité. Par exemple le risque de l’immobilier est réduit par rapport aux actions, puisque celles-ci peuvent connaître en moins d’un an des fluctuations de + 30 % ou – 50 %, ce qui n’est pas envisageable avec le prix des immeubles.

Mais si l’on dit immobilier, il y a l’immobilier d’entreprise et le logement, il y a aussi l’immobilier dans lequel l’investisseur dépend d’un exploitant (commerce, maison de retraite, hôtellerie), il y a l’immobilier de centre-ville, etc. etc.

Ainsi les bureaux qualifiés de « prime » (dans les quartiers centraux d’affaires des grandes métropoles) sont à leur tour devenus une « classe d’actifs », puisqu’ils ont des qualités typiques de rentabilité, risque et liquidité, qualités différentes par exemple de la « classe d’actifs » centres commerciaux ou de la « classe d’actifs » logement à Paris.

Finalement un immeuble est à lui tout seul un « actif » : dans le monde conquis par la finance et son vocabulaire, on ne gère plus des immeubles, mais des actifs.


Pourquoi payez-vous une “prime” (récompense) d’assurance-vie ?

Vous avez souscrit un contrat d’assurance-vie classique, que l’on appelle contrat « en euros », ou vous avez acheté des SCPI ou des OPCI en souscrivant un contrat d’assurance-vie. Vous avez donc payé une « prime ». Vous connaissez bien ce terme, car vous payez déjà des « primes » d’assurance habitation ou d’assurance automobile.

Une prime est pourtant une récompense ! « Prime de fidélité », « prime exceptionnelle » ou « le bonheur en prime », les expressions ne manquent pas.

Cet étrangeté du vocabulaire mérite le détour.

Les banques sont parties à la conquête des particuliers à partir des années soixante. Auparavant, les compagnies d’assurance-vie étaient essentielles pour les particuliers qui voulaient épargner, mais cet auparavant vient de loin, puisque les législations principales datent de 1930 et 1938 : autres temps, autres mœurs ! C’était avant l’invention du marketing, avant le langage adapté au client. Vous vouliez confier votre argent à une compagnie d’assurances ? Celle-ci vous faisait l’immense faveur de bien vouloir passer un contrat avec vous, la moindre des courtoisies étant que vous la récompensiez… votre versement s’appelait donc une « prime ».

Si vous souhaitiez reprendre l’argent dont vous aviez l’audace de penser qu’il vous revenait de droit, en fait c’est la compagnie qui acceptait, dans sa grande bienveillance, de vous racheter votre contrat…d’où la « valeur de rachat », autre survivance dans le vocabulaire d’aujourd’hui.

Enfin, quand vous souscriviez une assurance-décès, ne pensez pas que le « risque décès » était une bouffée de romantisme à la seule évocation du chagrin de vos proches. C’était le risque, pour la compagnie, de devoir leur verser la somme convenue…les mots, cruels, ont survécu.

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