Taux d‘intérêt négatifs, ce qu’il ne faut pas faire

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L’émission « la gestion de patrimoine dans tous ses états » s’intéresse aujourd’hui aux taux d’intérêt. Bas, et sans doute durablement bas. Comment les conseillers peuvent-ils l’expliquer à leurs clients. Et, surtout, quels conseils en matière de patrimoine ne doivent-ils -pas- leur donner ? Les réponses de Guy Marty, au micro de Fabrice Couste, sur Radio Patrimoine.

Fabrice Couste – La baisse du loyer de l’argent s’est poursuivie cet été. Les taux d’intérêt sont historiquement bas, autour de 0%, voire même négatifs pour certains emprunteurs. Que doivent dire, à leurs clients, les conseillers qui nous écoutent ?

Guy Marty – Déjà, ils peuvent leur dire ce qu’il se passe. Que les banques centrales en sont arrivées à des solutions absolument extrêmes, simplement parce qu’elles sont inquiètes. Parce que les économies, nos grandes économies, sont attaquées à la fois de l’extérieur, et de l’intérieur.

Fabrice Couste – Il faut nous expliquer. De l’extérieur, ça veut dire quoi ?

Guy Marty – De l’extérieur, cela veut dire la Chine évidemment. Puisque la Chine, dans le commerce mondial, agit avec un « permis de tuer ». Elle peut avoir le niveau de monnaie qu’elle veut. Ce qui veut dire que n’importe quel secteur chinois peut détruire, ou attaquer très violement, n’importe quel secteur américain ou français. Et ces règles du jeu, qui ne sont pas égales, évidement, cela déstabilise nos économies. Cela crée de l’appauvrissement, des difficultés, et il faut se renforcer.

Fabrice Couste – L’ennemi extérieur, on l’a compris, c’est la Chine. Mais quel est l’ennemi « intérieur » ?

Guy Marty – La technologie ! La technologie, elle est merveilleuse. Elle fait des miracles. Mais, en même temps, elle bouscule énormément nos façons de vivres, nos façons de travailler. Elle secoue énormément les entreprises. Certaines doivent complètement se réadapter, des secteurs entiers doivent se réadapter. C’est ce que l’on appelle la « destruction créatrice ». C’est-à-dire que ce grand mouvement d’innovation, comme tous les autres, détruit beaucoup d’anciennes choses. Il en créé aussi de nouvelles. Toute la question, c’est à quel rythme va se faire la destruction. Et à quel rythme va se faire la création. En attendant, nos économies sont secouées…

Fabrice Couste – Alors voilà pour les explications que le conseiller peut donner à son client. Mais maintenant, que peut-il lui recommander pour son patrimoine ?

Guy Marty – Et bien, justement, rien. Il ne faut jamais agir dans l’actualité. Si l’on agit dans l’actualité, on fait les erreurs habituelles. On « achète » la Bourse quand elle monte, on la « vend » quand elle baisse, etc… Imaginez, par exemple, en 2009. Qui aurait recommandé d’acheter en Bourse ? L’actualité était terrible : Lehman Brothers, la grande crise de 2008… Personne n’a acheté la Bourse. Or on s’aperçoit aujourd’hui que le CAC 40, depuis, a été multiplié par deux… Prenons 1999. A l’époque, la Bourse montait, boostée par les valeurs internet. On a même qualifié cette période de « bulle internet ». Qui, à l’époque, a acheté de l’or ? Et, surtout, qui l’a conservé jusqu’à aujourd’hui ? Depuis 1999, le prix de l’or a été multiplié par 3. Rare sont ceux qui l’on acheté et conservé. Car une autre actualité les a persuadés de revendre.

Fabrice Couste – Si l’on ne réagit pas à l’actualité, alors, que fait-on Guy ?

Guy Marty – On construit le patrimoine. Et on le construit de façon équilibrée. Si l’on avait décidé, par exemple, qu’il fallait renforcer la partie actions de son patrimoine, que l’on avait commencé à acheter en Bourse, et bien, on continue… Et si l’on avait considéré qu’il fallait renforcer la partie immobilière de son patrimoine, par exemple avec des parts de SCPI, et bien on continue également. Et tant mieux si les taux de crédit sont au plus bas… Mais il faut surtout penser à la construction de son patrimoine. Qui se fait dans la durée. Parce que, vous savez, ce dont on parle aujourd’hui, on n’en parlera peut-être plus dans 3 ans. Mais les conseillers, et leurs clients, eux, seront encore là dans 20 ans…