Pourquoi la tokenisation des biens immobiliers survivra à l’hiver blockchain…

Des projets aboutis, un écosystème blockchain en pleine refonte et un nouvel univers législatif. Matthieu Bouchaud, Digital Asset Lead chez ConsenSys, explique pourquoi la tokenisation immobilière est loin d’avoir ralenti en 2019.

La blockchain a occupé le devant de la scène médiatique du secteur des nouvelles technologies entre 2017 et 2019. En 2017, elle a même suscité une vague d’enthousiasme. Avant de laisser place, un an plus tard, à une certaine désillusion, née de l’arrêt de nombreux projets, d’un manque de financements et de perspectives marché. Le MIT a même considéré qu’en 2019 la blockchain «deviendrait ennuyeuse»…

Une technologie déjà validée

Les projets n’ont pas pour autant disparu. Certains ont même amorcé de nouvelles formes d’économie. C’est notamment le cas des fonds immobiliers qui, petit à petit, adoptent la tokenisation. Actuellement en plein essor, la tokenisation est l’une des technologies basées sur la blockchain. L’une de celles qui a su résister et qui a déjà séduit de nombreux acteurs, dont certains poids lourds de l’économie. C’est le cas, par exemple, de la Société Générale. La banque a émis, le 18 avril dernier, 100 millions d’euros sur la blockchain, des « OFH Tokens » notés triple A (AAA) par les agences de notations Moody’s et Fitch. En septembre, une autre banque, Santander, émet à son tour 20 millions de dollars d’obligations sur Ethereum. La tokenisation n’en est donc plus à ses balbutiements.

Les fonds immobiliers adoptent, petit à petit, la tokenisation

Elle est déjà en voie d’adoption par les acteurs de l’immobilier. Mata Capital, société de gestion de portefeuilles régulée par l’AMF, a récemment émis un fonds immobilier de 30 millions d’euros sur la blockchain. Si la tokénisation permet à Mata Capital de générer des émissions plus simplement, son usage permet aussi de transformer la façon de distribuer et d’échanger les parts d’un fonds immobilier. L’idée est de permettre aux Asset Managers de continuer à gérer leurs actifs au fur et à mesure que leur passif évolue. Tout en minimisant les efforts de maintenance d’un marché secondaire automatisé et conforme avec les régulations en place. La croissance de la tokenisation immobilière s’observe aussi au travers du nombre de start-ups qui ont décidé de s’en servir. En 2019, environ la moitié des start-ups qui levaient des fonds sur la blockchain le faisaient afin de réaliser des opérations sur des biens immobiliers.

Un cadre législatif pour encadrer la blockchain

La mise en place d’un encadrement législatif, en 2018[1], a également encouragé l’utilisation de cette technologie. Même si de nombreux acteurs se montrent encore sceptiques. Quand on explique qu’en 2020 la tokenisation sera accessible à un large éventail d’utilisateurs, il n’est en effet pas rare de se heurter à des interlocuteurs craintifs face au faible nombre de projets. C’est oublier que le décret blockchain est en vigueur depuis moins d’un an ! Aussi, le cadre réglementaire vient rarement en amont de la création d’un écosystème. Il prend au contraire acte d’un écosystème pleinement fonctionnel qui a besoin d’être régulé. La régulation apporte aussi une sécurité qui encourage d’autres acteurs. À cette fin, l’AMF a mis en place une task-force composée d’experts français. Sa mission : renseigner et apporter des éclairages.

Une technologie ni en retrait ni en retard

Si certains considèrent un décret insuffisant, c’est oublier que la blockchain ne change en rien le statut juridique de l’actif. La blockchain est simplement un nouvel outil. Qui permet plus de transparence et plus de fluidité aux fonds immobiliers. Finalement, la tokenisation pour les fonds immobiliers n’est pas en retrait ni en retard. Moins d’un an après l’adoption d’un cadre régulatoire, des projets d’envergure sont en production. Et 2020 verra certainement la création des premières plateformes de distribution pour l’industrie immobilière. Si des projets de tokenisation ont pu exister en 2019, c’est aussi que ses bénéfices sont quantifiables. La tokenisation a su faire ses preuves auprès des différents fonds immobiliers qui l’ont adoptée. En permettant notamment une réduction des coûts de création, de distribution et d’échange de produits financiers. Et tout en augmentant la transparence dans les transactions et la gestion des actifs.

Matthieu Bouchaud

[1] Sous forme de décret.

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Quelques définitions…

Une blockchain est une technologie de stockage et de transmission d’informations sécurisées fonctionnant sans organe de contrôle. Techniquement, il s’agit d’une base de données regroupant et conservant toutes les informations échangées par ses utilisateurs depuis sa création. Ceux-ci sont donc en permanence en mesure de vérifier la validité de ces informations.

La « tokenisation » est la création de la représentation numérique d’un actif sur une blockchain. Elle désigne l’inscription d’un actif et de ses droits sur un token afin d’en permettre la gestion et l’échange en pair-à-pair sur une blockchain, de façon instantanée et sécurisée


A propos de ConsenSys

ConsenSys est la plus grande entreprise de logiciels blockchain au monde, créée en 2014 par Joseph Lubin, co-fondateur d’Ethereum. ConsenSys regroupe plus de 1000 collaborateurs dans 30 pays. Les logiciels de ConsenSys permettent aux entreprises et gouvernements de connecter facilement et de manière sécurisée leurs métiers aux nouveaux écosystèmes décentralisés. Des produits comme Infura, Pantheon, Kaleido, MythX, Alethio, ConsenSys Digital Assets et Treum permettent de déployer et gérer de multiples réseaux blockchain, d’effectuer des transactions sans intermédiaire, et de créer et gérer des actifs numériques, financiers ou non. ConsenSys propose également des services de conseil et d’intégration de la technologie blockchain aux grandes entreprises. La branche Labs de ConsenSys investit dans des start-ups blockchain et gère actuellement un portefeuille d’une cinquantaine de projets.