Épargnez les épargnants, ils ne sont pas coupables !

Épargnez les épargnants, ils ne sont pas coupables !

On connait la chanson. Premier couplet : les Français épargnent trop et ne consomment pas assez. Deuxième couplet : les Français épargnent mal en se détournant de l’économie réelle. Et si on changeait de streaming ?

L’antienne est reprise à l’envi dans les chroniques de « vulgarisation économique » des grands médias. Elle tourne en boucle, comme les scies musicales sur les radios « djeunes ». Mais nul ne cherche pas à savoir pourquoi il en est ainsi. Creusons un peu. Cela nous donnera l’occasion de rendre hommage à la clairvoyance d’une catégorie de Français, celle qui épargne. Car elle le fait fort à propos et bien mieux que ce que l’on prétend.

Les Français épargnent trop ?

Rendez-vous compte : les dépôts en comptes courants, livrets défiscalisés et sur les fonds en euros des assurances vies viennent d’atteindre leur sommet à 3 300 milliards d’euros. Et d’en conclure de façon péremptoire : cet argent qui dort serait mieux employé dans la consommation. Il éviterait ainsi au moteur de la croissance de caler. Français, videz vos bas de laine et dépensez !

La conclusion de Jean-Marc Daniel[1] est plus éclairée. Cet économiste réputé constate que le bas de laine des Français se remplit au moment où se creusent le déficit public et l’endettement. Dans sa grande sagesse, le Français qui épargne sait pertinemment qu’un jour ou l’autre, il faudra rembourser la dette. C’est lui qui en fera les frais, sous forme d’augmentation d’impôts ou d’inflation. L’épargnant français est tout bonnement prévoyant et remédie d’instinct au laxisme budgétaire de l’État.

Les Français épargnent mal ?

Vous voyez bien : ils boudent les actions et préfèrent les produits de taux. Des placements qui ne rapportent plus grand-chose. Oui, mais qui bénéficient d’une garantie en capital et d’une fiscalité nulle ou avantageuse. Le maître-mot est lâché : fiscalité. On oublie un peu vite que l’épargne est un revenu non dépensé… qui a préalablement supporté l’impôt. A un taux compris entre 14% et 45% !

N’est-elle pas là l’explication de l’aversion au risque de l’épargnant français ? La constitution de son épargne lui a déjà suffisamment coûté pour qu’il n’ait pas envie de la mettre en péril. Alors quand il la place, il va au plus rassurant. Une fois ses livrets pleins, il se risque à l’immobilier, qu’il n’a vu qu’augmenter au cours de ces 25 dernières années. Conséquence, la collecte de la pierre-papier non cotée[2] ne s’est jamais aussi bien portée.

Les Français n’aiment pas la Bourse ?

Même le logement locatif, malgré ses contraintes de gestion, retrouve des couleurs… Moins d’un ménage sur huit serait actionnaire direct d’une entreprise cotée (contre un sur trois au Royaume-Uni). Dites-leur qu’ils ont tort. Dites-leur que, sur très longue période (30, 40, 50 ans), ce sont les actions qui se révèlent être le placement le plus profitable. Ils vous répondront qu’ils n’ont ni la confiance ni la motivation. 30 ans, c’est trop long, surtout qu’au jour le jour, la volatilité boursière est usante pour les nerfs. Et puis, dans notre pays, c’est mal vu d’être actionnaire. Si l’on veut faire venir en Bourse davantage d’épargnants français, peut-être serait-il judicieux de commencer par leur redonner confiance en l’avenir. D’abord, en réduisant les déficits publics. Et, de préférence, en économisant sur le train de vie de l’État.

Hymne à l’action

Ensuite, en rendant justice à l’économie de marché telle qu’elle est pratiquée dans notre pays. Avec son niveau de protection sociale et son système redistributif, la France ne fait quand même pas figure de héraut du capitalisme sauvage. Ne nous leurrons pas, il faudra aussi prodiguer beaucoup de leçons de solfège économique avant que l’épargnant français entonne l’Hymne à l’action. Mais pour lancer la musique, l’État pourrait donner le tempo. Par exemple, en permettant au contribuable de déduire, au moins pour partie, ses pertes en Bourse de son revenu imposable. Ou quel qu’autre dispositif du genre.

Investissement public profitable à tous

Gageons que l’on verrait un apport massif de capitaux dans l’économie réelle, tout spécialement dans le secteur des nouvelles industries de haute technologie, si prometteuses. « Cadeau fait aux riches » ne manqueront pas de crier certains irréductibles. Non, juste un investissement public (probablement peu onéreux) dans un formidable levier de croissance actionné par tous les épargnants. Et profitable à tous : à la prospérité économique du Pays, à l’emploi et au pouvoir d’achat. A l’avenir.

Christian Micheaud

[1] Publiée dans « Les Échos » du 23 janvier 2020
[2] SCPI, OPCI…


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