Bal masqué à la Tour Eiffel

fenetresA peine a-t-il repris l’essentiel des actions des fondateurs que le nouvel homme fort de l’actionnariat de la société d’investissement immobilier cotée, Société de la Tour Eiffel, bouscule le management de la foncière.

C’est le 30 septembre dernier que Monsieur Chuc Hoang, a levé l’option par laquelle les deux fondateurs lui ont cédé 8,67 % du capital de Société de la Tour Eiffel. Cette option lui avait été vendue en avril dernier permettant aux vendeurs d’encaisser 51,66 euros par action, soit près de dix euros de plus que le cours de bourse de l’époque. Depuis le printemps, ce dernier a procédé à des achats à moindre prix sur le marché et il détient 22,59 % du capital de la Tour Eiffel. Lors de l ‘assemblée générale du 30 mai dernier, avant donc sa levée d’option, le nouvel actionnaire a pu agiter le cercle restreint de cette réunion en posant les questions qui fâchent, celles sur la rémunération des dirigeants…

Les dirigeants lui ont longuement répondu. Selon eux l’année 2012, comme 2013, a été caractérisée par la mise en place d’un plan de transition managérial. Elle a en effet vu l’arrivée d’un nouveau directeur général, Monsieur Renaud Haberkorn à compter du 1er septembre 2012, et le retrait progressif des dirigeants fondateurs, Monsieur Mark Inch, président directeur général jusqu’au 31 août 2012, devenu depuis cette date président du conseil d’administration, et Monsieur Robert Waterland, qui a quitté son mandat de directeur général délégué le 31 août 2012 également. Plus globalement, il a été répondu que le conseil d’administration de Société de la Tour Eiffel considère que les rémunérations versées à Messieurs Haberkorn et Inch se situent dans les normes du marché, sont en ligne avec les performances de la société et répondent aux intérêts de la société et de ses actionnaires.

La réponse ne semble pas avoir apaisé Monsieur Chuc Hoang puisque ce dernier à l’occasion de l‘avis AMF officialisant sa levée d’option indique « avoir par ailleurs entamé une action visant à ramener les rémunérations et avantages de la direction générale à un niveau compatible avec la taille de la société, ses pertes financières importantes et les normes du secteur ». Selon nos informations, il a mandaté un cabinet d’expert pour fourbir ses armes dans le combat qu’il poursuit. Parallèlement, le nouvel actionnaire, qui réclame la nomination de deux représentants au conseil d’administration de la Société de la Tour Eiffel, s’interroge sur le changement de stratégie de la société qui ressort du projet d’opération d’apport de titres d’un OPCI annoncé le 19 septembre 2013 (voir l’article pierrepapier.fr publié le 21 septembre). Il examinera «  avec la plus grande attention », dès qu’il aura pu en prendre connaissance, « les modalités de cette opération et sa conformité à l’intérêt social » et annonce se réserver de s’y opposer.

Cela ressemble à une déclaration de guerre !

On notera que ce nouvel actionnaire qui détient 22,59 % du capital entend poursuivre ses achats d’action de la Société de la Tour Eiffel, mais dénie toute volonté de prise de contrôle de la société, tout en souhaitant participer activement à la définition et à la conduite de la politique de la société et au contrôle de sa gestion.

Alors que faut-il retenir de ces faits ? Le nouvel entrant souhaite-t-il se cantonner à son rôle d’actionnaire minoritaire exigeant et pointilleux ? Ou assiste-t-on à une prise de contrôle rampante de la part d’un actionnaire qui ne veut pas payer de prime de contrôle ? Si c’est le cas la direction de la Société de la Tour Eiffel ne manquera pas d’utiliser l’arsenal renforcé ces derniers mois par la mise en place des principes du « say and Pay » pour pousser le remuant actionnaire dans ses retranchements.

Affaire à suivre !

Monsieur Chuc Hoang ne découvre pas l’immobilier. L’essentiel de sa fortune évaluée à plus de 200 millions d’euros par notre confrère Challenge provient de sa prise de contrôle de l’ex-spécialiste du crédit-bail immobilier Eurobail en 1995. Cette société dispose aujourd’hui d’un patrimoine de 300 actifs immobiliers développant 350 000 mètres carrés. Cet homme d’affaires français d’origine vietnamienne s’est également intéressé à des affaires en difficulté, perdant de l‘argent dans la déconfiture de l’emblématique Majorette, le roi déchu des petites voitures en Zamak et a eu plus de succès en faisant preuve de son activisme actionnarial chez BIG Ben interactive (à propos de laquelle il a déclaré avoir franchi en baisse le seuil de 20 % du capital à la fin août 2013 par cession de titres sur le marché).

Christophe Tricaud
Rédacteur en chef – pierrepapier.fr

à propos de la Société de la Tour Eiffel
Société d’Investissements Immobiliers Cotée (SIIC) sur Euronext Paris, sa stratégie privilégie l’investissement dans des zones à fort potentiel et la fourniture d’immeubles neufs loués à des acteurs de premier plan. Son patrimoine s’élève aujourd’hui à 915 millions d’euros pour des actifs situés tant en province qu’en région parisienne. Depuis 2012 la stratégie de la foncière consiste à se recentrer en cédant des actifs « non core ».
Le 9 octobre 2013, au cours de 49,30 euros, sa capitalisation boursière ressort à 307 millions d’euros (avant la création des titres servant à rémunérer le paiement de l’OPCI détenant le siège social d’Endered à Malakoff).

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