Avec la pierre-papier Patrimonia a échappé à la sinistrose

Plus encore que le soleil d’humeur joueuse sur la capitale des gaules, le grand rendez-vous des conseillers en gestion de patrimoine qui s’est tenu en fin de semaine dernière aurait pu, aurait dû refléter les difficultés du moment. L’annonce officielle du budget de rigueur pour 2013 assorti de coupes sombres et de tensions sur les prélèvements fiscaux, autant que l’humeur facétieuse des marchés financiers avaient tout pour plomber l’ambiance de ses professionnels, déjà en butte au pessimisme véhiculé par leurs clients depuis de longs mois. La manifestation lyonnaise avait pourtant de quoi résister ! La forte présence des sociétés de gestion de SCPI et l’animation qui régnait sur leurs stands –près d’une douzaine- et la fréquentation des trois ateliers animée par la dynamique Dominique de Noronha, rédactrice en chef du magazine « investissement conseil » consacré aux SCPI, ont constitué des remparts à la mélancolie. Sans compter sur les assureurs-vie qui distillaient aux visiteurs les saveurs de leurs contrats en euros ou en unités de compte assis sur la pierre-papier.

A rebours de la rigueur budgétaire, il est vrai que la confirmation de « l’exception culturelle » du dispositif Malraux consacrée par le Premier ministre en la mettant en dehors du plafond des niches fiscales, avait de quoi redonner le sourire aux promoteurs des SCPI opérant sur ce segment, à l’image de Nicolas Simon, directeur général d’Amundi Immobilier qui commercialise cette année Reximmo Patrimoine 3 ou de Franck Temim, président d’Urban Premium, mettant en valeur les atouts des centres-villes. Ce professionnel qui surfe sur la moindre attractivité du régime Scellier raboté, s’apprête par ailleurs à lancer une nouvelle SCPI de rénovation, dite de déficit foncier. Au chapitre des SCPI fiscales encore, les sociétés de gestion de SCPI se disent prêtes à relayer le nouveau dispositif en faveur de l’immobilier intermédiaire créé par Cécile Duflot, Ministre du logement : « si les conditions sont réunies » précise Nicolas Simon avec prudence tandis que la présidente de Ciloger Isabelle Rossignol pointe le problème que posera la revente de ce type d’actif loué à des locataires qui auront du mal à acquérir leur appartement à l’issue de la période de détention de 9 années pour les épargnants attirés par la nouvelle carotte fiscale.

Les rangs bien remplis des ateliers immobiliers de Patrimonia montraient bien que le record de collecte des SCPI au premier semestre 2012 (1,24 milliard d’euros) devait beaucoup aux CGP et CIF, toujours curieux de sentir les évolutions de cette classe d’actif anti-crise. Unanimement, les promoteurs de SCPI les ont rassurés sur la pérennité du rendement moyen qui demeurera au-dessus de 5 % en 2012 comme en 2013, comme l’ont rappelé Laurent Guize, directeur général de HSBC REIM et Patrick Lenoël PDG de UFFI REM (Groupe Fiducial). Ce dernier faisant par ailleurs œuvre de pédagogie en répondant à une question sur la lourdeur présumée des frais de gestion des SCPI : si la part prélevée sur les loyers peut paraître significative, lorsqu’elle est rapportée aux encours gérés, elle ne s’élève qu’à près de 0,6 % du patrimoine géré, sensiblement moins donc que les 1 % prélevés généralement par les OPCVM investis en actions, alors même que la gestion immobilière est plus coûteuse que celle des valeurs mobilières !

Pour conserver aux SCPI leur statut de valeur de rendement, les sociétés de gestion sont confrontées à la forte valorisation des immeubles de plus grande qualité, les actifs « prime » n’offrant plus qu’un rendement voisin de 4%. Mais « cela revalorisait d’autant les actifs déjà en portefeuille » a rappelé Jean-Marc Peter, directeur général adjoint de Sofidy pour qui la distribution de plus-values est un acte normal pour ses fonds. Quant au risque que ferait courir une collecte trop abondante, le professionnel répond avec coquetterie que sa société de gestion a freiné les souscriptions (166 millions de collecte brute au 30 juin) pour ne pas avoir à investir dans des actifs trop peu rentables et garder intacte sa capacité de sélection. Et si on lui fait remarquer qu’il a enregistré un record de collecte au premier semestre écoulé, il vous répond tout de go « si on n’avait pas mis le frein c’est 200 millions d’euros qu’on aurait collecté ».

Christophe Tricaud
Rédacteur en Chef de pierrepapier.fr
Envoyé spécial à Lyon

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