Comment devenir riche

Connaissez-vous des économistes qui ont fait fortune, ou qui au moins ont fait « le placement du siècle » ? Je vais maintenant aborder un sujet délicat. Il ne s’agit pas de quelque chose de choquant ou de difficile à comprendre, bien au contraire. Le problème, c’est que dans le domaine des placements on ne parle que très, très rarement de l’arme la plus efficace dont dispose l’investisseur.

Devenir plus riche, un peu, beaucoup

Peu après son départ en retraite un ami m’a rappelé que je lui avais parlé de « l’arme efficace » à la disposition de tout le monde, et que sa situation était aujourd’hui différente grâce à cette discussion d’autrefois. Je ne lui avais pourtant rien révélé d’extraordinaire, j’avais seulement attiré son attention sur un principe dont le seul défaut est d’être tellement évident qu’on oublie d’y prêter attention.

Mais comment, d’abord, en étions-nous venus à évoquer ce principe ? Notre conversation portait en fait sur l’économie. J’essayais de lui expliquer que si l’on voulait s’en sortir avec l’argent, au niveau d’un particulier ou d’une entreprise, il fallait commencer par désapprendre l’économie telle qu’on nous l’enseigne. Vous vous en doutez, il a fallu que je défende ma position… Je lui ai donc donné un argument, puis un exemple, avant de lui expliquer que derrière tout cela se cachait une « arme efficace ».

L’argument

Autant poser clairement le problème : ceux qui font fortune non seulement ne sont pas économistes, mais de plus ont rarement fait des études d’économie. Prenez aujourd’hui les Steve Job, les Bill Gates, les Jeff Bezos, ou même en France les Bernard Arnault ou François Pinault, toutes ces personnes qui sont devenus immensément riches. Les théories économiques n’ont pas été leur occupation principale…c’est évident, non ?

La réciproque est d’ailleurs tout aussi vraie. Connaissez-vous des économistes qui sont devenus très riches en faisant « le placement du siècle », ou au moins en gagnant beaucoup d’argent grâce à leur savoir ?

C’est brutal, mais tant pis. De toute façon l’économie telle qu’on l’enseigne à l’université est faite pour autre chose. On ne lit pas des manuels d’économie pour savoir gagner de l’argent.

Tel est l’argument que j’exposai à mon ami, mais il était encore dubitatif et pour tenter de le convaincre, j’entrepris de lui donner un exemple concret.

L’exemple

Prenons l’épargne. Dans les livres d’économie, on trouve que l’épargne c’est le revenu moins la consommation. Pourtant, c’est peut-être vrai en théorie mais c’est absolument faux en pratique !

Explication. Oui, au niveau d’un pays, si l’on calcule sur une année le revenu des ménages et leur consommation, la différence sera l’épargne qu’ils ont réalisée. D’accord. Mais en pratique, cela ne fonctionne pas comme cela.

Vous est-il souvent arrivé d’être à la fin du mois et de vous dire « tiens, il me reste de l’argent, je vais l’épargner » ? Non, bien sûr. Au début du mois vous payez la mensualité de l’appartement que vous avez acheté, ou votre compte est prélevé d’un versement d’assurance-vie, et vous organisez vos dépenses à partir de là. Mais si vous n’aviez pas le crédit immobilier à rembourser, ou des versements réguliers sur votre contrat d’assurance-vie, vous arriveriez à la fin du mois pour découvrir que vous avez tout dépensé.

Une autre façon de le dire est que si beaucoup de français sont aujourd’hui propriétaires, c’est grâce au mécanisme de l’emprunt à remboursement mensuel : s’ils avaient dû épargner d’abord pour acheter ensuite leur appartement ou leur maison, avec leur épargne, combien auraient réussi à le faire ?

Autrement dit, d’un point de vue concret, applicable, ce n’est pas l’épargne qui est égale aux revenus moins la consommation, c’est la consommation qui est égale aux revenus moins l’épargne ! L’épargne se fait au début du mois, pas à la fin.

L’épargne se décide. Pour chacun en fonction de ses moyens et de ses charges, évidemment, mais elle se décide.

Là, mon ami avait compris. J’avais seulement dépoussiéré quelque chose qu’en pratique nous savons tous. Les livres d’économie ne racontent pas forcément la vraie vie, c’est ce que j’avais voulu illustrer par cet exemple. Mais puisque nous en étions là, je voulus aller plus loin et frapper fort en lui montrant que derrière cette remise à l’endroit de la définition de l’épargne, se cache une arme terriblement efficace dont tout le monde peut disposer.

L’arme efficace

Je lui dis ceci : imagine par exemple un montant de 100 000 euros que tu aurais en plus sur ton compte bancaire, juste maintenant. Il me répondit qu’il aimerait bien, que cela modifierait sa situation future, et il éclata de rire.

Je lui proposai alors une petite « expérience de pensée » : puisque ta retraite est dans une douzaine d’années et que cela t’inquiète un peu, imagine que tu aies commencé il y a douze ans à mettre de côté 700 euros par mois, et que tu aies trouvé un placement qui rapporte 1,5 % … ce n’est pas irréaliste ? Sais-tu combien tu aurais aujourd’hui ? Je sortis ma calculette financière. La réponse qui s’affichait sur l’écran était : 109 597. Oui, çà y est, tu t’y vois ? Tu as plus de 100 000 euros sur ton compte. Avec 700 euros par mois. Tu arrives à faire le lien entre 700 euros et plus de 100 000 euros ? C’est la puissance de l’accumulation. Ce n’est peut-être pas la richesse, mais tu pourrais faire face plus facilement à tes dépenses.

Maintenant, imagine que tu aies fait cela non depuis douze ans, mais depuis vingt-cinq ans. Je repris la calculette. Cette fois-ci le montant qui s’affichait était bien différent : 253 521 euros. Là, tu vois, c’est autre chose, c’est la puissance de l’accumulation, bien sûr, mais on touche aussi à la puissance et au mystère du temps : il n’est pas intuitif de relier les deux montants de 700 euros et de 253 521 euros. Sans aucune prouesse sur la façon de placer son argent, puisque le taux d’intérêt supposé est vraiment très faible. Tu aurais le sentiment d’être un peu plus riche, non ?

Là, mon ami était impressionné. Rien de nouveau au fond, mais il n’avait jamais regardé les choses sous cet angle.

J’avais totalement oublié cette conversation lorsqu’il me la rappela une douzaine d’années plus tard, à l’époque où il prit sa retraite : il s’en était inspiré, et cela avait changé sa situation financière. Cela me fit plaisir, et je pensai aussitôt que mon impertinence à l’égard des livres d’économie avait au moins été utile à quelqu’un !

La vie, le travail… et le capital

Il est amusant de feuilleter les magazines sur les placements, ou les pages « votre argent » des grands media. On nous parle de Bourse, d’assurance-vie, d’immobilier, d’or ou d’œuvres d’art comme si nous étions milliardaires et que nous nous demandions comment déplacer notre fortune. D’ailleurs on voit sur les kiosques des affiches du genre « Immobilier, c’est le moment d’acheter » ou « Dans quelles villes faut-il investir ? » et l’État français n’est pas en reste quand il crée ou modifie régulièrement des avantages fiscaux liés à tel ou tel investissement : il traite les contribuables français comme si ceux-ci, tout d’un coup, allaient déplacer leurs immenses avoirs.

La réalité concrète de l’argent se situe bien loin de ces vastes paysages. Pour la plupart d’entre nous, la richesse est bien loin et il s’agit de constituer ou de renforcer une épargne. Certes, il faudra autant que possible faire de bons placements avec cette épargne, mais l’essentiel n’est-il pas de la créer d’abord ou de l’augmenter ?

Alors voilà. Salaire, dépenses, impôts, le salaire augmente et on paye plus d’impôt en même temps que l’on peut dépenser plus, et ce moteur à trois temps tourne pendant que les années passent. Le temps est meurtrier. C’est lui l’adversaire. Le seul moyen de le battre est de le prendre à son propre jeu. Un petit filet d’eau qui coule goutte à goutte finit par marquer le plus résistant des rochers. C’est la puissance du temps. Pourquoi ne pas s’en servir ?

Votre budget est serré. Les mois passent et votre situation financière ne semble pas s’améliorer. Clairement, l’argent est un problème. Bon. Décidez par exemple de faire chaque début de mois un virement de 100 euros sur un compte à côté de votre compte courant. Ridicule ? Non, car vous commencez à affronter l’adversaire. Et puis, un jour, votre salaire augmente de 180 euros. Là, souvenez-vous de l’adversaire : supposez qu’en fait votre augmentation a été 130 euros, et augmentez de 100 à 150 euros votre virement mensuel. Puis un jour, bonne surprise, vous recevez – meuble vendu, cadeau de la famille, loto ou que sais-je – un montant inattendu de 3 000 euros. Nouvelle offensive contre l’ennemi, vous supposez que vous n’avez reçu que 2 000 euros et vous ajoutez 1 000 euros sur votre compte épargne pour les oublier aussitôt. Si vous agissez de la sorte, vous mettez le temps à votre service et au bout de plusieurs années votre situation financière sera radicalement différente.

J’ai pris volontairement des montants peu élevés, compatibles avec les revenus de nombreux jeunes couples. Les personnes qui gagnent plus d’argent adopteront une démarche semblable avec 500 ou 1 000 voire 2 000 euros, elles se battront à leur niveau contre le temps, ou plutôt elles mettront à leur service la puissance formidable du temps.

Supposons deux taux d’intérêt pour le placement : 1,5 % et 3 %, et alignons les années. Voici ce que donnent des versements mensuels de 100, 500 et 2 000 euros.

Ces tableaux révèlent plusieurs choses :

  • Certes, ils soulignent avec malice ou cruauté que le montant épargné a beaucoup à voir avec le résultat final…mais il ne faut pas s’y tromper : l’effet de levier du temps est remarquable, bien au-delà de l’intuition immédiate, dès que l’on égrène les années. Là, ce n’est plus une question de riche ou de pauvre. Ce qu’on pourrait appeler une arme secrète est en réalité à la disposition de tout le monde, quels que soient ses moyens de départ. C’est cela qui est trop méconnu.
  • Dans la pratique, la situation d’une personne ou d’une famille a tendance à évoluer, et celui qui a démarré jeune à 100 euros a de fortes probabilités de pouvoir augmenter son épargne à différentes étapes de sa vie, ce qui le fera passer progressivement vers des versements plus élevés, donc vers un résultat plus robuste en fin de compte. Parfois aussi, la vie étant ce qu’elle est, il faudra prendre dans la cagnotte, mais au moins il y en a une !
  • Ce qui est important dans ce tableau, c’est son caractère contre-intuitif, auquel il est utile de se familiariser. Par exemple, 100 euros par mois ce n’est pas beaucoup d’argent… mais sur 20 ans cela donne entre 28 000 et 32 000 euros : cela vaut la peine de comparer la mise régulière et le résultat final !

Ou bien, 500 euros par mois pendant 15 ans, cela donne entre 100 000 et 110 000 euros…cela vaut peut-être la peine de commencer si l’on peut !

L’essentiel est que si s’argent est un problème, alors…le temps est souvent une solution. Plus la durée est longue, plus le résultat excède l’intuition. Pourquoi ne pas s’exercer à « penser » avec le temps ?

  • Si vous souhaitez faire votre propre simulation avec le montant exact que vous vous sentez capable d’épargner, voici un calculateur très simple à utiliser :
    https://www.lafinancepourtous.com/outils/calculateurs/calculateur-d-epargne/
  • Il est évident qu’il vaut mieux placer son argent à 3 % qu’à 1,5 %, mais il apparaît nettement que le résultat final dépend beaucoup plus de l’effet accumulation que de l’effet rentabilité du placement. C’est ce que l’on oublie le plus souvent. Il est pourtant clair que si l’on veut réussir quelque chose, on ne doit pas perdre de vue le plus important. Or c’est bien de la réussite d’une vie financière dont nous sommes en train de parler : contrairement à l’idée la plus largement partagée, la richesse provient moins de la performance que de l’accumulation au fil du temps. Pour le dire de façon un peu caricaturale, il vaut mieux gagner 1,5 % sur un grand montant que 3% sur presque rien…cela dit, nous ne manquerons pas de voir comment optimiser la rentabilité.
  • Justement, si vous vous souvenez de la page qui précède, « L’art de la performance », vous savez que cette discipline de versements réguliers peut avoir un impact considérable sur la rentabilité. Nous avions vu que l’on pouvait doubler sa mise en Bourse entre 2007 et 2017, dans une bien mauvaise Bourse pourtant, ce qui équivalait à un « rendement » proche de 10 % !

Réussir sa vie financière

Alors, comment devenir riche, ou au moins plus riche qu’on ne l’est au départ ? Dans la pratique, l’immobilier est le seul placement que l’on puisse faire à crédit. Il est donc intéressant de l’utiliser pour constituer ou développer une épargne consistante, puisque le remboursement du crédit installera naturellement une discipline d’épargne.

  • Cela peut se faire en direct, en achetant un appartement que l’on met en location.
  • Mais cela présente un inconvénient que certains redoutent, celui d’être propriétaire avec des soucis possibles. On voulait épargner, on glisse dans une autre problématique.
  • Pourquoi alors ne pas acheter à crédit des parts de SCPI ? Aucun souci de gestion, et l’on épargne en début de mois par le mécanisme du remboursement « obligé » de la mensualité de l’emprunt. (Voir aussi « Qu’est-ce qu’une SCPI ?« )

La Bourse aussi est un moyen de constituer ou développer un patrimoine.

  • Cela peut se faire en achetant des actions.
  • Mais l’inconvénient est que chaque action est dotée d’un risque, et l’on entreprend alors une démarche qui exige une certaine compétence et en tout cas beaucoup de temps.
  • Pourquoi ne pas acheter tout simplement des OPCVM actions ou des OPCVM immobiliers, en adoptant la technique du virement mensuel pour accumuler un portefeuille comme si on remboursait un crédit ?

Dans tous les cas, immobilier ou Bourse, le mécanisme de versements réguliers, en début de mois, est la clé du succès d’une vie financière.

Bien entendu, après le « savoir épargner », il y a le « savoir placer ». C’est ce que nous allons voir prochainement.

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Guy Marty

C’est lui qui a lancé l’expression « pierre papier » aujourd’hui passée dans le langage courant. Quand les SCPI étaient encore pratiquement inconnues il a cru en leur avenir, les a faites connaître, les a défendues puis accompagnées dans leur croissance. Il a aussi beaucoup œuvré pour les Foncières cotées en Bourse devenues SIIC. Il a créé puis dirigé (1986-2016) l’Institut de l’Épargne Immobilière et Foncière, centre d’études sur les fonds immobiliers et sur les marchés immobiliers, et est membre du bureau du pôle de compétitivité Finance Innovation. Passionné d’histoire, de culture, d’économie, il aime mettre de la clarté, de la vie et souvent de l’humour dans ses analyses. Son ambition en tant que Fondateur de pierrepapier.fr : faire connaître plus largement l’immobilier « modernisé », et aider les professionnels et les particuliers à disposer des meilleures informations.