Joëlle Chauvin, Directeur général d’Ofi Pierre

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Joëlle Chauvin est l’invitée de l’émission « Les acteurs de la pierre papier ». Elle répond aux questions de Guy Marty sur ses achats d’immeubles, mais aussi sur la tour Carpe Diem à la Défense, sur le Cercle des femmes de l’immobilier qu’elle a créé, sur son aide aux start-ups immobilières, sur sa présidence d’un musée…


OFI pierre est la société de gestion d’OFI, et je précise qu’OFI est le bras financier de la Macif, la Matmut, et d’autres mutuelles. Alors vous y avez créé une direction immobilière ?

Joëlle Chauvin : C’est une courte histoire que je vais raconter, parce qu’OFI pierre a un peu plus d’un an d’existence, vous voyez c’est presque une start-up. Je suis arrivée en quelques sorte dans les cartables de Jean-Pierre Grimault, qui dirige OFI, et qui savait que chez OFI il y avait beaucoup beaucoup de talent, mais pas du tout celui de l’immobilier. Donc il m’a demandé, à ses coté, de créer cette direction immobilière, ce bras immobilier pour OFI, c’est ce que j’ai fait. L’année dernière nous avons eu l’agreement de l’AMF, en février, et puis l’agrément pour OFI immobilier qui est notre OPCI que nous avons porté sur les fonts baptismaux.

Vous avez commencé à acheter des beaux immeubles…

Joëlle Chauvin : Eh bien, j’aime les beaux immeubles, j’aime qu’ils soient bien placés, j’aime qu’ils soient sécurisés, j’aime qu’ils aient une architecture durable et j’aime qu’on puisse les travailler dans le temps et c’est ce que nous avons essayé de faire. Notre premier investissement a été un investissement, je dirais très emblématique, puisque nous avons acheté le siège social de Pathé, qui se trouve à deux cent mètres des Champs-Élysées. Et puis ensuite nous avons continué, nous avons cherché deux autres immeubles, que nous avons acquis à Neuilly, qui sont eux-mêmes des immeubles qui ont les qualités que j’énumérais tout à l’heure, toujours qualité architecturale, sécurité locative. Bien sûr, on est entrés dans le marché que vous connaissez : un marché difficile, très spéculatif, très concurrentiel. Mais nous avons fait notre chemin, et au bout d’à peine dix-huit mois, nous allons acheter le quatrième immeuble, juste demain matin, et puis le cinquième je crois dans la foulée, vers la fin de l’année.

Et vous irez jusqu’où ?

Joëlle Chauvin : Là nous sommes à 150 millions, nous allons arriver je l’espère très vite à 200 millions, et le but recherché est d’avoir, à horizon 2021-2022, dépassé le milliard d’acquisition.

Je ne peux pas m’empêcher d’évoquer que le cœur de votre carrière, vous l’avez fait chez Aviva, en tant que présidente d’Aviva immobilier, et c’est d’ailleurs vous qui avez construit la belle tour « Carpe Diem » à la Défense.

Joëlle Chauvin : Oui, c’est très aimable d’évoquer Carpe Diem, parce que c’est vrai, c’est une réalisation extrêmement complexe, mais surtout elle a été la première tour du plan de relance de la Défense, c’est-à-dire qu’elle s’est inscrite dans les années 2006-2007, que la crise financière est venue entre deux. Ce n’était pas simple de faire caler un grand projet comme cela. Ça a été je crois très réussi, c’est une très belle tour, j’en suis très fière. Elle a eu la première certification LEED de France, et donc elle rejoint les tours certifiées sur le plan international. C’était la première fois qu’une tour comme celle-ci, à la Défense, recevait ce label. Elle est, je crois, très équilibrée, très belle, très dans la modernité qu’elle mérite, elle a accueilli de belles grandes sociétés, dont Thalès bien sûr, qui a été notre premier locataire.

Nous allons quitter l’immeuble, ou les immeubles, tout en restant dans l’immobilier. Je voudrais rappeler que c’est vous qui avez créé le Cercle des femmes de l’immobilier.

Joëlle Chauvin : Oui c’est vrai, il y a un peu plus de vingt ans.

Pourquoi ?

Joëlle Chauvin : Écoutez, les femmes ne se connaissant pas entre elles, elles n’étaient que très peu connues de leurs amis masculins. Il y a vingt ans, je sais, Guy, vous aimez dire, que les femmes n’allaient pas au bistrot. C’est vrai que nous n’avions pas le temps d’y aller, pardonnez-moi, mais nous avions le temps quand même de nous rencontrer. Cela a été un hasard de rencontre de plusieurs femmes qui se sont dit la même chose : comment faire pour être visibles ?

Eh bien, comment faire pour être visibles, j’ai créé le Cercle des femmes, nous sommes visibles depuis vingt ans, nous sommes très enviées, très réclamées, et puis comme nous avons pu être visible, partager notre talent et le faire connaitre, nous avons également ouvert le Cercle des femmes, et j’y tiens beaucoup, au Cercle complice, qui est le cercle des plus jeunes femmes qui débutent dans les métiers de l’immobilier, qui ont encore des talents à faire éclore, et le Cercle des femmes les aide, à éclore.

Il est vrai que l’on a tous constaté que depuis un certain nombre d’années, de plus en plus de femmes sont cadres supérieur dans l’immobilier.

Joëlle Chauvin : Il était temps !

Donc maintenant on sait qui en est responsable ! Je voudrais changer de sujet, et dire que Joëlle Chauvin est quelqu’un qui aurait beaucoup plu à George Sand…

Joëlle Chauvin : Chic, j’aime beaucoup la lire !

De nombreuses activité, et pas seulement le Cercle des femmes. Vous êtes aussi présidente du comité de labellisation de Finance Innovation. Qu’est-ce que vous faites exactement ?

Joëlle Chauvin : Je cherche avec un jury extrêmement performant et extrêmement brillant à labelliser des start-ups qui travaillent sur tous les métiers de l’immobilier, qui innovent, qui créent des utilités, qui viennent compléter notre cœur de métier. Et donc je rencontre des jeunes entrepreneurs, talentueux, enviables, qui essaient de séduire le métier que nous faisons, et c’est notre rôle de les accompagner, de les aider, de leur présenter des amis, des « sachants »de notre métier et de les mettre en valeur à travers Finance Innovation. Quand ils sont labellisés, ils sont mis en lumière, et cette lumière-là leur sert beaucoup, je crois, à continuer leur chemin.

Vous avez labellisé combien de sociétés ?

Joëlle Chauvin : Environ quarante-cinq, sur la filière immobilière

Les start-ups nous présentent des projets sur tous les aspects du métier immobilier. Cela peut être comment trouver un appartement, avec toutes les facilités autour de rechercher un appartement, quel quartier, qu’est-ce qu’il y a dans le quartier ? Où j’ai envie d’aller ? Où je n’ai pas envie d’aller ? Où sont les écoles ? Où sont les haltes garderie ? Où est le métro ? Que puis-je faire dans mon quartier ? C’est un exemple.

Cela peut aussi être sur les économies d’énergie, c’est très souvent représenté à Finance Innovation, je pense à une start-up que j’aime beaucoup, Oze Energies qui a présenté un projet formidable, très simple, et qui vient dans le quotidien gérer des énergies et qui vient faire toutes ces économies à la marge, mais qui font beaucoup d’économies. Alors les exemples, ils sont très nombreux. A chaque fois nous sommes, tout le jury qui est avec moi, passionnés des gens que nous recevons et à chaque fois, c’est une découverte nouvelle, c’est une imagination différente de la nôtre et qui vient compléter des savoir-faire très précis que nous avons sur notre métier et le rendre plus utile, plus facile, parfois plus généreux, plus malin, plus agile, puisque l’agilité est un adjectif qui va bien avec les start-ups.

Vous donnez un exemple formidable en tant que professionnel de l’immobilier : vous êtes présidente d’un musée, vous faites des conférences sur notre dernier prix Nobel de littérature, parlez-nous en un petit peu.

Joëlle Chauvin : C’est un peu mon jardin du week-end. C’est vrai qu’on m’a demandé d’accompagner un musée, un musée de France qui se trouve dans un village de Puisaye, un musée ravissant, mais vous savez, comme tous les musées, Stéphane Bern l’a dit il n’y a pas longtemps, il n’y a plus d’argent, il faut faire vivre, il faut faire venir, et c’est ce que j’essaie de faire, par des conférences, par des présentations, des expositions et des présentations d’artistes, par l’embellissement que nous allons donner au musée, grâce aux mécènes, c’est clair. Et puis grâce aux dialogues que nous menons, avec les municipalités et avec tous les amis qui se trouvent autour du musée, et ils sont nombreux.

Et vos conférences littéraires ?

Joëlle Chauvin : C’est vrai que j’ai fait l’année dernière, et je vais le refaire au musée justement, une conférence sur Patrick Modiano que j’adore depuis très longtemps, et je le fais partager.

Propos recueillis par Guy Marty