2010, année à oublier

Que faut-il retenir de 2010 ? Sans faire preuve d’un optimisme béat, on peut au moins en retenir que le pire n’est pas arrivé. Rappelons- nous l’ambiance du début de l’année et les prévisions des économistes. Globalement, il était attendu une croissance modérée dans les pays développés, mais certains tiraient déjà la sonnette d’alarme : une fois que l’effet des plans de relance mis en place au début de 2009 serait dissipé, le moteur de l’économie risquait de manquer de  carburant et de s’arrêter. Ce serait la rechute, d’autant plus redoutable que les Etats auraient déjà beaucoup dépensé pour la première phase de relance et se trouveraient à court de réserves. Cette sombre prévision ne s’est pas réalisée et plus l’année avançait, plus  l’hypothèse de la rechute se dissipait là où elle avait paru la plus menaçante, aux Etats-Unis.
Pour autant, on ne peut pas dire que l’année écoulée aura apporté beaucoup de satisfactions. C’est particulièrement vrai pour l’Europe. La crise grecque a pris une ampleur que la faiblesse du poids de ce pays dans la zone euro ne laissait pas présager : que représentent les 110 milliards d’euros de l’aide financière accordée à la Grèce par les autres pays européens et le FMI face aux 9.000 milliards d’euros et plus du PIB des seize pays ayant déjà adopté l’euro ?
Mais, très vite, il est apparu que la Grèce n’était pas seule en cause et que, pierre par pierre, c’est tout l’édifice européen qui risquait de se fissurer. On peut discuter des responsabilités des uns et des autres, des gérants de fonds qui spéculent sur les obligations d’Etat et contre l’euro, des agences de notation qui affaiblissent encore un peu plus la position de pays déjà attaqués alors qu’elles n’avaient pas vu venir les problèmes, des gouvernements qui mettent du temps à se mettre d’accord sur des mesures d’urgence quand la maison brûle, des institutions européennes toujours aussi compliquées et peu efficaces malgré les changements apportés par le traité de Lisbonne. Le fait est là : l’Europe est apparue faible et divisée. Un seul point positif est à relever : l’euro a un peu reculé face à la plupart des grandes devises, après avoir atteint des niveaux excessivement élevés.

Retour vers l’or…

Dans ce contexte incertain, il n’est pas étonnant que nous nous soyons tous montrés très prudents cette année, avec un taux d’épargne en France encore voisin de 16 % du revenu disponible brut. Mais que faire de cette épargne ? On constate que le placement vedette de cette année à l’échelle mondiale a été l’or, qui n’a aucune utilité économique. L’attrait qu’il exerce sur les investisseurs est un bon indicateur du climat actuel. Même les obligations d’Etat, considérées traditionnellement comme un bon refuge, ont été chahutées. Certes les investisseurs font la différence entre la Grèce ou l’Irlande et l’Allemagne ou la France. Mais aucun Etat n’est aujourd’hui jugé totalement à l’abri d’un effet domino où, de proche en proche, chacun finirait par être attaqué. Quant aux actions, elles se sont bien comportées sur les marchés émergents, mais pas tous : sur les plus importants, comme la Chine et le Brésil, les tensions sur les prix conduisent les banques centrales à durcir leur politique, ce qui n’est jamais très apprécié.  Dans les pays industrialisés, les performances ont été très inégales et les investisseurs hésitent à revenir ; si les valeurs allemandes ont bien profité du rebond de l’économie nationale, les grandes valeurs françaises du CAC 40 ne sont pas parvenues à aller de l’avant.

… et la pierre

Alors, on a assisté au retour vers la pierre et notamment le logement, avec inévitablement des excès, comme à Paris, où l’offre est faible. La pierre-papier aussi a bénéficié de la confiance des investisseurs : depuis le début de l’année, l’indice IEIF SIIC France est en hausse de plus de 6 % (au 16 décembre) et la collecte sur les SCPI a atteint des niveaux particulièrement élevés si l’on en croit les premières estimations pour l’ensemble de l’année. Sans doute est-ce une bonne idée : si l’on veut bénéficier d’avantages fiscaux comme ceux inclus dans le dispositif Scellier, il paraît plus sage de passer par une SCPI, qui choisira les bons emplacements et les bons programmes, que de faire un investissement direct insuffisamment étudié. Nous ne pouvons que nous réjouir de la bonne tenue d’ensemble des produits financiers à base immobilière qui sont la raison d’être de pierrepapier.fr. Mais, pour l’économie du pays, ce serait un bon signe si d’autres actifs, les actions en particulier, bénéficiaient aussi d’un marché porteur. Alors, oublions 2010 et préparons activement 2011, même si toutes les prévisions ne sont pas des plus enthousiasmantes…

Gérard Horny