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Xavier Lépine : « une très bonne nouvelle pour les investisseurs en immobilier… »

Dimanche 6 septembre, Xavier Lépine, ex-président du directoire du Groupe La Française, et nouveau président de l’IEIF, était en direct sur Sud Radio, dans l’émission « Osez investir ». Pour cet économiste reconnu, la dette excessive contractée par les Etats pour relancer l’économie mondiale constitue une bonne nouvelle. Pour certains types d’investisseurs. Extraits.

On ne présente plus Xavier Lépine. L’ex-président du directoire du Groupe La Française, qu’il a dirigé pendant 20 ans, et quitté en mai dernier, et nouveau président de l’IEIF, est un fin observateur des tendances qui drivent l’économie en général, celles des marchés financiers et immobiliers en particulier. Ses analyses, périodiquement publiées sur la « blue room » du site La Française, sont toujours attendues. Et toujours lues avec intérêt…

La dette massive des Etats : « une très bonne nouvelle »

Idem pour ses interventions médiatiques. Surtout lorsque ses commentaires sur l’évolution de la situation économique et financière peuvent s’apparenter à… des conseils en investissement. Interrogé le 6 septembre dernier par Thomas Binet[1], dans l’émission « Osez investir », sur la réponse des Etats à la crise sanitaire, son optimisme est assez rafraîchissant. Cette réponse, « unanime et novatrice », qui a consisté à injecter massivement des liquidités dans les économies mondiales, et conduit à endetter à hauteur de 120% de leur PIB les Etats du G20, est en effet selon lui « une très bonne nouvelle ». Pourquoi ? Parce qu’un tel niveau d’endettement envoie deux signaux. Le premier : que les taux d’intérêt vont rester durablement bas. Une bonne nouvelle, donc, pour les investisseurs. Qui peuvent ainsi continuer à emprunter dans de bonnes conditions.

L’euthanasie du rentier

Et un second signal : celui d’une « monétisation de la dette ». Autrement dit, d’un retour de l’inflation. Et, donc, de l’instauration, là encore durable, d’une situation de taux réels négatifs… Ce second point n’est pas forcément une bonne nouvelle pour les investisseurs. Tout du moins pour ceux qui vivaient de leur rente. Pour Xavier Lépine, « l’euthanasie du rentier », c’est plus que jamais une réalité. Pour gagner de l’argent, il va falloir investir encore plus « intelligemment ». Donc choisir avec encore plus de soins les secteurs et les entreprises qui sortiront gagnantes de la crise. Et s’adapteront à ce nouveau paradigme. Question, de Thomas Binet : « mais, alors, faut-il investir dans les marchés financiers ? dans l’immobilier ? ».

Très bonnes nouvelles pour les investisseurs en immobilier

La réponse de Xavier Lépine penche nettement en faveur de la seconde alternative. « Les seuls actifs qui vont bénéficier de cette création monétaire excessive, ce sont les actifs immobiliers », explique-t-il. Et plus spécialement les actifs résidentiels. « Il y a toujours un problème de logement », ajoute-t-il. Que le logement soit déjà très cher n’est pas un problème. Au contraire. Ce qui est rare est cher… Crise sanitaire, crise économique, surendettement des Etats : de « très bonnes nouvelles » pour les investisseurs en immobilier.


[1] Thomas Binet est l’animateur de l’émission « Osez investir » sur Sud Radio, diffusée tous les dimanches matin à 9h42


Ecouter le podcast de l’émission du 6 septembre

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Le saut à la perche, pour l’optimisation fiscale

L’optimisation fiscale est un sport patrimonial réputé. Qui ne date pas d’aujourd’hui. Saviez-vous que c’est l’origine du saut à la perche ? Chaque dimanche matin, Guy Marty raconte une anecdote historique sur les ondes de Sud Radio, dans l’émission Osez investir animée par Philippe David et Thomas Binet. Podcast…  

Aujourd’hui, nous allons parler d’une discipline olympique…

Guy Marty – Oui, nous allons parler du saut à la perche. Dans la France de l’Ancien Régime, le sel était une monnaie. On pouvait être payé en sel, c’est d’ailleurs de là que vient le mot « salaire ». Alors évidemment, l’un des principaux impôts était la « gabelle », l’impôt sur le sel. Et il y avait des « pays », comme la Bretagne, qui en étaient exonérés. Vous imaginez l’intérêt qu’il y avait à faire passer du sel non fiscalisé dans un pays où il était supposé avoir déjà payé l’impôt…

Et le rapport avec le saut à la perche ?

Guy Marty – Oh, très simple. Pour emporter le sel non fiscalisé, il fallait échapper aux gabelous, les fonctionnaires des impôts de l’époque. Alors, en prenant son élan, en s’aidant d’un bâton très long, on sautait par-dessus les talus et l’on prenait quelques bons mètres d’avance sur les gabelous. Et si l’on courait ensuite assez vite, on pouvait réussir…

De l’évasion fiscale, donc.

Guy Marty – Ou plutôt, une optimisation fiscale d’un genre un peu particulier. Il s’agissait de profiter de la différence d’impôt d’une région à l’autre. Vous connaissez maintenant l’origine du saut à la perche !


 

L’histoire, pour le plaisir ou pour mieux comprendre le présent… Vous trouverez sur ce site de nombreuses anecdotes ou références historiques. 

En voici quelques exemples

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Quel impact le confinement a-t-il eu sur l’épargne et l’immobilier ?

Dimanche 5 juillet, l’émission « Osez investir » sur Sud Radio revenait sur les principaux constats et enseignements, côté épargne et, surtout, immobilier, de la période de confinement. Avec trois spécialistes pour répondre aux questions de Thomas Binet[1] : Bernard Cadeau, Stéphane Desquartier et Guy Marty. Extraits.

 

Quels principaux enseignements peut-on tirer, en matière d’épargne et de comportement de ceux qui la gèrent, de la période de confinement ? Bernard Cadeau, ancien président du réseau Orpi France, en distingue au moins cinq. D’abord, la « sidération », conséquence de cet arrêt brutal du marché. Ensuite, la capacité d’adaptation, tant des professionnels que des particuliers. Grâce, bien sûr, à la généralisation de la pratique du digital. « Le 4e point, c’est le constat que l’envie et le besoin en logements sont toujours aussi forts », précise Bernard Cadeau.

Un besoin en logements toujours aussi fort

Une tendance qui va de pair avec le 5e point : l’immobilier s’affirme plus que jamais comme une valeur refuge. La crise a toutefois signifié un coup d’arrêt pour le marché. 2019 était l’année de tous les records. Et 2020 promettait de faire mieux encore. Mais le confinement a gelé 100 000 transactions. Depuis le 11 mai, un phénomène de rattrapage est à l’œuvre. Mais suffira-t-il à compenser ce décalage temporel ? Sur le logement neuf, c’est clairement impossible. Ce sont aussi 100 000 logements de moins qui seront construits en 2020. Stéphane Desquartier, fondateur de La Maison de l’Investisseur, rappelle l’impact que ce déficit aura en termes d’emplois perdus. Concernant le phénomène du rattrapage, il est plus circonspect. « Le besoin est revenu. Mais l’intention n’est pas totalement repartie », considère-t-il.

Moins d’intentions fortes qu’avant la crise

Un point que confirme en partie Guy Marty, pour le segment des SCPI. « La SCPI n’est pas sur le registre des besoins, mais sur celui des intentions. Ces intentions, ce sont l’épargne et la préparation de la retraite », explique-t-il. Mais, bonne nouvelle, si le fort rythme de collecte qui prévalait avant la crise s’est assagi, il n’a pas disparu pour autant. Car les souscriptions ne se sont jamais taries. Et elles demeurent très largement supérieures aux rachats, qui restent d’ailleurs marginaux. Plus globalement, s’il y a aujourd’hui encore moins d’« intentions fortes » qu’avant la crise, c’est peut-être aussi parce que le marché n’est plus aussi favorable. Avant le confinement, le niveau atteint par les prix de l’immobilier dans certains emplacements faisait déjà réfléchir. Et le robinet du crédit, abondant depuis plusieurs années, venait d’être en partie resserré par les autorités de tutelle.

De nouvelles envies en matière d’habitat

Résultat : avec la remontée – partielle et légère, mais néanmoins réelle – des taux d’intérêt, et le durcissement des conditions d’octroi des crédits, une partie des acquéreurs potentiels est aujourd’hui écartée du marché. En revanche, les nouvelles envies des Français en matière d’habitat créent de nouvelles perspectives. L’envie de campagne et de verdure pourrait, de fait, revitaliser des marchés ruraux plutôt sinistrés ces dernières années. A supposer qu’il s’agisse bien d’une nouvelle tendance durable…

[1] Thomas Binet est l’animateur de l’émission « Osez investir » sur Sud Radio, diffusée tous les dimanches matin à 9 h 42.


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Dimanche 24 mai, Jean-Pierre Gaillard, l’emblématique chroniqueur boursier, était en direct sur Sud Radio, dans l’émission « Osez investir ». Au menu : un krach boursier est-il possible ? Que penser de la hausse des cours de l’or ? Est-il temps de revenir en Bourse ? Et si oui, sur quels types de valeurs ? Extraits.


Thomas Binet[1] – Jean-Pierre Gaillard, risque-t-on de revivre un « krach » boursier, à l’image de ceux que la Bourse a pu connaître en 1929 ou 1987 ? 

Jean-Pierre Gaillard[2] – Non, je ne crois pas au krach… Les marchés, depuis le début de la crise sanitaire, ont été fortement chahutés. Et ils le resteront tant qu’une solution définitive – fin de la pandémie, vaccin, ou médicament efficace – ne sera pas intervenue. Autrement dit, tant que l’on restera en « terre inconnue ». Je rappelle que ce n’est pas – pour l’instant – l’économie qui est malade. Mais les femmes et les hommes qui en assurent la bonne marche. Lorsque l’économie reprendra, le sujet sera « résolu ». Mais il est clair qu’il faudra du temps, sans doute beaucoup de temps, pour retrouver les niveaux boursiers d’avant-crise.

Thomas Binet – Est-il préférable, aujourd’hui, d’investir en Bourse ou dans l’immobilier ?

Jean-Pierre Gaillard – Il y a des risques à investir dans l’immobilier. Il y en a à investir en actions. Il y a des risques à investir, quel que soit le placement. Ce qui change, c’est l’objectif. J’avoue qu’à titre personnel, l’investissement en immobilier se limite à mon immobilier d’habitation. Pour placer mon épargne, cela ne vous surprendra pas, je préfère évidemment l’investissement boursier. C’est un placement sans doute beaucoup plus volatil. Mais je persiste à penser – et l’AMF ne dit pas autre chose – que sur longue période, il s’agit de l’un des meilleurs placements. Il faut simplement être patient…

Thomas Binet – Restons sur la Bourse, donc. Quels types de valeurs vont, selon vous, le plus souffrir de la crise. Les valeurs traditionnelles ? Les valeurs technologiques ?

Jean-Pierre Gaillard – Réponse difficile… Ce que l’on peut dire, sans trop se tromper, c’est que les valeurs qui évoluent dans les secteurs les plus touchés par la crise sanitaire – restauration, hôtellerie, transport aérien, tourisme en général – ont déjà été les plus durement sanctionnées. Trop peut-être. Prenez l’exemple d’Airbus. Voilà une entreprise qui, avant la crise, disposait d’une remarquable visibilité et d’un carnet de commande très bien rempli. Trois mois plus tard, elle « vole », si j’ose dire, en territoire inconnu. Mais la visibilité reviendra un jour. Il n’est donc pas aberrant de se repositionner sur ce type de valeurs, dont les cours ont énormément baissé.

Philippe David[3] – Lundi 18 mai, l’or a atteint un niveau qu’il n’avait pas atteint depuis 2012. Confirmant ainsi son statut de valeur refuge. Est-ce pour autant une bonne nouvelle ? Sachant que valeur élevée de l’or rime souvent avec incertitude économique et politique ?

Jean-Pierre Gaillard – J’ai toujours conseillé de détenir un petit peu d’or – de 5% à 10% – dans son portefeuille. L’or ne rapporte rien. Il ne sert plus de rempart contre l’inflation, puisqu’il n’y a plus d’inflation. Son rôle, aujourd’hui, c’est effectivement de servir de valeur refuge. Les avantages de l’or en ce domaine sont bien connus. L’or est inaltérable. Et sa quantité – en circulation et en capacité de production – est limitée.

Thomas Binet – La mise en place du chômage partiel a permis d’éviter des plans de licenciement massifs. Mais si l’activité ne rebondit pas rapidement, le chômage – tout court – ne risque-t-il pas d’exploser ? Provoquant une crise financière et sociale, en plus de la crise économique ?

Jean-Pierre Gaillard – Il est malheureusement écrit que bon nombre d’entreprises vont mettre la clef sous la porte. Et ce malgré les mesures mises en œuvre par les gouvernements et les autorités monétaires, qui injectent massivement des liquidités dans l’économie. Ce sont des outils qui n’avaient pas été utilisés dans de telles proportions auparavant. Suffiront-ils à relancer la machine ? Il y aussi la piste de la réindustrialisation. Qui pourrait en partie compenser les emplois perdus. Mais avant de revenir à l’équilibre, il faudra du temps. Et subir de nombreuses secousses.

Philippe David – Renault risque de fermer 4 usines en France. Est-ce le moment d’acheter ? Car, généralement, quand les grandes entreprises annoncent des licenciements, leurs cours de Bourse a une sérieuse tendance à s’apprécier…

Jean-Pierre Gaillard – Les 40 « patrons » du CAC 40, je les ai fréquentés pendant 40 ans. Jamais aucun d’entre eux ne s’est réjoui de procéder à des licenciements. Le « patron », ce qui le motive, c’est la pérennité de son entreprise. Il en arrive parfois à la conclusion que, pour survivre, il est nécessaire de se « couper un bras ». Mais ce n’est pas une décision prise de gaîté de cœur…

Pierrepapier.fr


[1] Thomas Binet est l’animateur de l’émission « Osez investir » sur Sud Radio, diffusée tous les dimanches matin à 9 h 42.

[2] Jean-Pierre Gaillard est président du conseil de surveillance d’Erasmus Gestion, ancien journaliste de France Info et LCI.

[3] Philippe David est animateur sur Sud Radio.


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Faut-il investir en SCPI aujourd’hui ? Et comment ?

Dimanche 7 juin, Guy Marty, fondateur de pierrepapier.fr, en compagnie de Sonia Fendler, d’Altixia REIM et de Frédéric Haven, de Norma Capital, était en direct sur Sud Radio, dans l’émission « Osez investir ». Au menu : faut-il investir dans les SCPI aujourd’hui ? Et si oui, comment les choisir ? Extraits.


Thomas Binet[1] – Guy Marty, commençons par une question simple : qu’est-ce qu’une SCPI ?

Guy Marty – Une SCPI c’est un ensemble de personnes qui achètent ensemble – c’est-à-dire qu’elles sont associées -, et chacune au prorata de sa mise, un ensemble d’immeubles. Pour coordonner cet investissement, une société de gestion s’occupe des immeubles, des locataires et des associés. Voilà une définition simple…

Thomas Binet – Sonia Fendler, est-ce que la collecte des SCPI se poursuit normalement, en dépit de la crise ?

Sonia Fendler[2] – A date, la collecte se poursuit. Elle a toutefois subi une certaine baisse pendant la période de confinement. Car beaucoup de sociétés de gestion n’étaient pas totalement digitalisées. Leurs clients n’ont donc pas pu souscrire… Mais nous espérons que, sur les mois à venir, la collecte va repartir sur des bases « normales »…

Thomas Binet – Frédéric Haven, êtes-vous vous aussi optimiste sur l’avenir du placement en SCPI ?

Frédéric Haven[3] – Oui, totalement optimiste. La SCPI est un placement stable. A l’opposé des actions, dont les cours peuvent varier dans des proportions importantes. Dans un univers incertain, comme celui dans lequel nous évoluons aujourd’hui, c’est un atout important. Et une qualité reconnue aux SCPI. Il n’y a donc aucune raison d’être inquiet sur leur avenir.

Thomas Binet – Il ne faut donc pas procéder à des arbitrages actuellement ?

Frédéric Haven – Non. Côté SCPI, aucune baisse n’a été actée. On peut en anticiper mais, pour l’instant, cela reste hypothétique. Les SCPI peuvent en outre jouer à fond leur rôle de valeur refuge. Et bénéficier d’une forte collecte. Ce qui serait une raison supplémentaire de les conserver…

Guy Marty – Sonia Fendler, dans quels cas est-ce plus intéressant d’acheter une SCPI via un contrat d’assurance-vie. Et réciproquement ?

Sonia Fendler – Ce sont vraiment des montages patrimoniaux totalement différents. En direct, vous avez l’avantage de pouvoir souscrire à crédit. Et l’écart entre le taux d’intérêt et le rendement est intéressant. Vous avez aussi la possibilité d’utiliser la technique du démembrement. En ne gardant, par exemple, que la nue-propriété, votre investissement vous revient moins cher. En assurance-vie, ces montages patrimoniaux sont impossibles. Mais vous bénéficiez d’un autre avantage, conséquent : la liquidité de votre investissement. Certes, votre rendement est dans ce cas un peu plus faible, puisqu’il sera amputé des frais de gestion du contrat. Ces deux options de souscription sont complémentaires. Le choix entre l’une et l’autre dépendra de la situation patrimoniale du souscripteur.

Thomas Binet – Frédéric Haven, vous investissez beaucoup en régions. Est-ce plus sécurisant, dans le contexte actuel, que l’investissement en Ile-de-France ?

Frédéric Haven – Ce qui est sécurisant, c’est la diversification. Durant la crise, certaines régions ont plus souffert que d’autres. Notre objectif n’est donc pas « la région » en particulier, mais la diversification régionale. Nous investissons à Lille, à Bordeaux, à Nantes, qui sont des régions extrêmement dynamiques.

Thomas Binet – Sonia Fendler, certaines de vos SCPI sont investies dans des actifs de commerce. Plusieurs enseignes vestimentaires (Camaïeu, La Halle, Naf, Alinéa…) rencontrent de grandes difficultés, certaines ont déjà fait faillite. Etes-vous inquiète pour l’avenir de ce secteur ?

Sonia Fendler – Nous restons convaincus que le commerce est un secteur d’avenir. Il existe toutefois de multiples typologies d’actifs commerciaux. Qui regroupent à la fois les « pieds d’immeuble » (qui accueillent des boulangeries, des pharmacies, des commerces de proximité au sens large), les petits retail parks à taille humaine, et jusqu’aux grands centres commerciaux. Et il y a effectivement des activités, notamment l’habillement, qui souffrent plus que d’autres. D’où l’importance d’être sélectif dans ses investissements. Nous sommes toujours positifs sur le commerce de proximité. La crise sanitaire a d’ailleurs remis son attrait au goût du jour. Les grands centres commerciaux peuvent en revanche éventuellement souffrir. Ces derniers sont toutefois toujours plébiscités par les grands investisseurs, comme en témoignent d’importantes transactions réalisées récemment. Mais la sélectivité reste de mise. Ce qui compte, c’est l’emplacement, l’emplacement et… la qualité du locataire.

Guy Marty – Frédéric Haven, vous accordez beaucoup d’importance à la dimension socialement utile et développement durable de vos investissements. Qu’est-ce que cela change pour les souscripteurs de SCPI ?

Frédéric Haven – L’un des sujets majeurs pour l’avenir des investissements, c’est son utilité. Au-delà du rendement et au-delà du risque. L’utilité est un élément essentiel. Elle nous donne l’occasion de « faire attention » à ce qui nous entoure, à l’environnement, à l’homogénéité sociale d’un pays. Et pour nous, c’est à la fois un engagement de conviction et d’avenir.

Thomas Binet – Guy, j’ai une petite question sur laquelle j’aimerais votre réponse d’expert et de fondateur de pierrepapier.fr. Est-ce le moment d’acheter des parts de SCPI ? Ou est-il préférable d’attendre, d’observer l’évolution de la situation, avant de se positionner ?

Guy Marty – On ne peut jamais dire à l’avance si c’est le bon moment… Alors, comment faire ? En fait, en Bourse, on le sait, le seul moyen de gagner de l’argent, c’est d’acheter tous les mois. Parce que quand les actions montent, on en achète moins. Quand elles baissent, on en achète plus. C’est ce qu’il faut faire. Et le miracle de la SCPI, c’est qu’elle permet de faire cela avec l’immobilier. Alors vous pouvez démarrer maintenant un plan de versement mensuel. Ou maintenir celui que vous avez déjà souscrit. Si la crise que certains craignent sur l’immobilier se produit, vous aurez bénéficié, pendant quelques temps, d’achats aux meilleures conditions. Et si elle ne se produit pas, et bien, vous aurez investi dans l’immobilier, pour le long terme, en fractionnant votre investissement, donc votre risque.

Thomas Binet – Sonia Fendler, votre avis sur la question ?

Sonia Fendler – Sur les versements mensuels, je rejoins totalement Guy Marty. Sur la possibilité d’une acquisition « cash » et immédiate, l’important est la qualité de la SCPI. Les petites SCPI vont avoir la possibilité, dans un marché dégradé, de faire des acquisitions dans de bonnes conditions de rendement. Il faut aussi tenir compte de ce que l’on appelle le report à nouveau. Autrement dit, les réserves, qui pourront servir à booster le rendement dans les années à venir. D’autres indicateurs entrent également en ligne de compte. Le niveau de diversification, notamment. Ce principe vaut aussi pour les souscripteurs. Ils ont aussi tout intérêt à se positionner sur plusieurs SCPI, pour diversifier leurs risques. Mais sur le fonds, je reste convaincue que l’immobilier est un actif tangible sur lequel il est parfaitement logique d’investir aujourd’hui.

Thomas Binet – Frédéric Haven, si l’on souhaite investir en SCPI aujourd’hui, de quelle somme minimum faut-il disposer ? Et quel rendement peut-on espérer ?

Frédéric Haven – Sur nos deux SCPI, le « ticket d’entrée » est de 1 000 euros (5 parts à 200 €) ou de 5 000 euros (5 parts à 1 000 €). Le rendement est indépendant de la somme investie. L’important, comme le soulignait Guy Marty, c’est la forme de l’investissement. Le versement régulier est une technique à recommander. Il faut toutefois regarder le niveau d’endettement de la SCPI. Si celui-ci est trop élevé, et que les actifs sous-jacents subissent des baisses de valorisation importantes, cela peut devenir problématique…

Thomas Binet – Sonia Fendler, un dernier conseil à donner aux potentiels souscripteurs de SCPI ?

Sonia Fendler – La SCPI reste un produit complexe. Même s’il s’agit de l’un des produits d’épargne les plus transparents. Mon conseil est donc de contacter un conseiller en gestion de patrimoine. Qui sera en mesure de porter un jugement objectif sur la qualité des SCPI dans lesquelles les épargnants envisagent d’investir…


[1] Thomas Binet est l’animateur de l’émission « Osez investir » sur Sud Radio, diffusée tous les dimanches matin à 9 h 42.

[2] Sonia Fendler est la présidente d’Altixia REIM, une société de gestion immobilière créée en 2015. Altixia REIM gère, à fin 2019, plus de 400 M€ d’encours. Elle a lancé en mars 2019 deux SCPI innovantes. L’une avec des frais de souscription réduits. L’autre avec une politique de distribution mensuelle. Leurs capitalisations globales avoisinent les 60 M€.

[3] Frédéric Haven est le président de Norma Capital. Norma Capital est une société de gestion créée en 2015. Norma Capital gère plus de 600 M€. Elle gère plusieurs SCPI, dont l’une acquiert des immeubles dans lesquels les locataires déploient des activités socialement utiles, santé et éducation notamment.


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Dimanche 26 avril, Xavier Lépine, président du Groupe La Française, et Guy Marty, fondateur de pierrepapier.fr, étaient en direct sur Sud Radio, dans l’émission « Osez investir ». Au menu : l’épargne, le chômage, la reprise, l’immobilier de bureaux. Et des pistes sur le modèle économique d’après-crise. Extraits.

Thomas Binet[1] – Guy Marty, les Français, on le sait, sont de grands épargnants. Mais la crise va ponctionner une partie de cette épargne. Vers où devrait-elle s’investir dans les mois, années à venir ?

Guy Marty – Vous savez, c’est toujours pareil. Curieusement, en 2019, il y a eu beaucoup de déclarations selon lesquelles les Français n’épargnaient pas comme il fallait. Ils étaient trop prudents ! Ils plaçaient trop sur les livrets, au lieu d‘aller vers l’aventure et vers le risque, et la rentabilité ! Maintenant que nous sommes dans la crise, on s’aperçoit que, finalement, ce qu’ils faisaient n’était pas si mal que ça. Aujourd’hui, ils épargnent. C’est normal puisqu’on dépense moins. Mais l’on est en train de nous dire : « ce n’est pas bien, cela va gêner la reprise si vous gardez trop d’argent ». Je pense qu’il faut arrêter de faire des procès d‘intention aux Français. Quand nous épargnons, c’est notre argent. En outre, historiquement, les Français n’épargnent pas si mal que ça.

Thomas Binet – Considérez-vous que l’épargne va repartir, va pouvoir financer des choses dans les mois à venir ? Ou que l’on est dans une situation où cela sera compliqué ?

Guy Marty – Pour la reprise, il y aura évidemment beaucoup d‘épargne de précaution.  Il y aura un certain temps pendant lequel on ne saura pas « ce que vont devenir les choses ». De toute façon, l’épargne est toujours utile d’une façon ou d’une autre. Quand on met de l’argent sur le livret A, cela finance le logement social. Quand on met de l’argent sur les fonds en euros des contrats d’assurance-vie, cela finance les emprunts d‘Etat. Donc, de toute façon, l’épargne, elle « se pose » quelque part. Donc, elle sert à l’économie. Il est vrai qu’il serait plus souhaitable qu’elle finance assez directement, ou l’immobilier, ou les entreprises. Mais arrêtons les mauvais procès…

Thomas Binet – Xavier Lépine, plus de 10 millions de Français sont en chômage partiel – un million de plus que la semaine dernière – soit un salarié sur deux dans le secteur privé. Le risque que ce chômage partiel se transforme en chômage pur et dur est donc grandissant. A l’issue de la précédente crise, celle de 2008, on avait enregistré 1 million de nouveaux demandeurs d‘emploi. Croyez-vous que nous revivrons une situation similaire, voir plus complexe, dans les mois et années à venir ?

Xavier Lépine[2] – Je dirais plus complexe, mais pas similaire. Quand il y avait crise financière ou crise économique, il y avait crise de l’appareil de production. Ici, c’est une crise sanitaire, on le sait. Mais, surtout, il n’y a, au stade actuel, pas de destruction d‘entreprise, pas de destruction de matériels ou d‘équipements, comme dans une guerre. C’est un arrêt pur et simple de la production. Qui pour le moment, et durablement souhaitons-le, est soutenue, en tout cas autant que nécessaire, par les Etats, directement, et les banques centrales. Donc, effectivement, cela crée, à court terme, un chômage partiel énorme. Pour savoir s’il se transformera en chômage durable, il faut attendre le détail des modalités de déconfinement et le rythme de redémarrage de l’économie.

Thomas Binet – Les conditions du déconfinement seront connues la semaine prochaine…

Xavier Lepine – Ce qui est absolument certain, c’est qu’il y aura moins de consommation. J’entendais la fin de la discussion avec Guy Marty : effectivement, les réserves de précaution seront plus importantes. Et il y aura moins de consommation. Et également moins d‘investissements de la part des entreprises. Parce que les entreprises investissent pour répondre à une demande. Si la demande est plus faible, l’investissement aussi. Donc effectivement, il y aura, en tout cas pendant un certain temps, un chômage beaucoup plus important, c’est certain.

Thomas Binet – Est-ce que vous reprendriez à votre compte la formule présidentielle. Selon laquelle « il faut sauver l’économie, quoi qu’il en coûte ». Ce qui signifie, a priori, plus de dettes et… plus d‘impôts.

Xavier Lépine – Je pense que c’est un problème assez philosophique. Aujourd’hui on estime à peu près à 10 % la baisse du PIB en France, sur l’année 2020. Le PIB de la France est de 2 220 milliards d‘euros. 10 %, c’est donc 220 milliards d’euros de PIB en moins. Alors, « quoi qu’il en coûte », cela signifie 220 milliards d’euros. Ce qui veut dire, si l’on considère qu’il s’agit « d’économiser » 500 000 vies, qu’une vie « vaut » 500 000 euros (je ne comprends pas).C’est un peu cynique, mais c’est mathématique… C’est donc un choix de société. Et ce choix a manifestement évolué. Lors de la dernière grande pandémie – celle de 1968, 1969 -, les gens n’avaient pas été confinés. Parce que les mentalités étaient différentes. Aujourd’hui, la réponse, c’est « quoi qu’il en coûte » …

Guy Marty – On voit bien que la crise sanitaire est gérée très différemment, en Allemagne par exemple, qu’en France. Le confinement est beaucoup moins sévère en Allemagne. Que pensez-vous des conditions de la reprise en Allemagne, par rapport à la France ?

Xavier Lépine – Il y a une double approche. Il y a une approche globale par le pacte social. Qui est très différent d’un pays à l’autre. Pour les pays « du Nord », le travail est assuré. Presque « quoi qu’il en coûte »… Dans les pays « du Sud », y compris la France, l’implication n’est pas la même. Les salariés placent souvent la prise en compte du risque potentiel avant l’obligation de production… Et c’est tout le problème de l’Europe. C’est une unité politique faible, qui assemble des pays dont les pactes sociaux sont à géométrie variable. L’autre approche, c’est la situation spécifique de l’Allemagne. Son pacte social repose sur un avantage comparatif. L’Allemagne maîtrise toute la chaine de l’industrie chimique, y compris la fabrication des tests sanguins. Il lui est donc plus facile de tenir le pacte social du « quoi qu’il en coûte »…

Thomas Binet – Cette crise est génératrice de menaces, mais peut-être aussi d’opportunités. Lesquelles, selon vous ?

Xavier Lépine – Ces opportunités sont, selon moi, très importantes. La crise a accéléré des tendances de fond. Ces vingt dernières années, la croissance mondiale a avoisiné les 5 % par an. C’est gigantesque. Le PIB a progressé de 60 %. Quand, dans le même temps, la population n’augmentait « que » de 25 %. Cela a permis de sortir de la pauvreté près d’un milliard d’individus. Génial ! Mais il y a un prix à payer. Ce prix, ce sont des problèmes sociaux dans tous les pays développés. Le mouvement des Gilets jaunes, en France, en est un exemple. Mais ce prix, c’est aussi le réchauffement climatique. La crise accélère la prise en compte de ces phénomènes sociaux et environnementaux. Et l’urgence d’imaginer un nouveau modèle économique.

Thomas Binet – C’est-à-dire ?

Xavier Lépine – Ce qui se faisait à petit pas, et parfois à contre-cœur, va s’imposer. La crise sanitaire pointe du doigt les fragilités de nos systèmes. A la différence de la crise de 2008, qui avait débouché sur la mise en place de stress tests financiers, elle va conduire à la mise en place de stress tests économiques. Les entreprises vont mesurer le risque de non-production en cas de confinement. Elles vont sans doute relocaliser une partie de leur appareil productif. Elles vont simplifier leurs processus. Ce sont des opportunités énormes pour les entreprises, mais aussi pour les Etats.


Guy Marty – Quel sera l’impact de la crise actuelle sur le secteur de l’immobilier d’entreprise ?

Xavier Lépine – On a tous réalisé que le télétravail, c’était possible. Certains salariés vont sans doute se dire qu’aller au bureau trois jours par semaine, et télétravailler les deux autres, c’est une super idée. Cette demande, surtout dans les zones très denses où le temps de transport est plus long, est en train d’émerger. Il est donc possible que les entreprises, sous cette pression, adoptent de nouvelles formes d’organisation. Qui conduirait à réduire leurs propres demandes en postes de travail. Donc en actifs de bureaux. Il y aura aussi un impact sur le concept de coworking. Qui regroupe en réalité deux aspects : proximité, et densification. Ce concept de densification va perdre en acceptabilité. Le coworking reste en revanche une sorte de laboratoire pour les grandes entreprises. Qui peuvent ainsi offrir à leurs salariés des espaces de travail plus conviviaux, sans s’engager sur le long terme…

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[1] Thomas Binet est l’animateur de l’émission « Osez investir » sur Sud Radio, diffusée tous les dimanches matin à 9 h 42.
[2] Xavier Lépine est le président du groupe La Française. Il publie régulièrement ses réflexions et prises de position à découvrir sur le site de La Française.